Samedi 5 décembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Coupe sévère dans le jardin, sous la pluie : forces branchages élagués et sept sapins abattus, qui commençaient à se faire un peu envahissants, et asséchaient alentours la pelouse. L’ensemble a l’air d’un coup plus léger, dégageant les perspectives –presque trop…

Cohn Bendit : plus de quarante ans après ses premiers exploits, il mène toujours la danse et paraît même incarner la grande idéologie écologiste, version moderniste, mondialiste et libertarienne que tout le monde reprend en chœur  (tout à l’heure, M. Juppé déclarait qu’il «  se sentait en phase avec Cohn Bendit sur la décroissance nécessaire »). Pourtant, son incroyable bagou paraît toujours d’aussi faible niveau : en dînant, avant-hier soir, je l’écoutais  débattre sur France Inter avec le député Mélenchon, et ces messieurs donnaient une étonnante impression de parleurs de comptoirs plus ou moins avinés : on se tutoyait, on s’appelait « mon pote », on se coupait à qui mieux-mieux en sorte que le dialogue n’avait ni queue ni tête, ni sujet, et ne traçait d’autres perspectives que des accords « aux régionales », élections dont tout le monde se moque, ou devrait se moquer ; lesdits accords aux régionales étaient vivement demandés par l’un, refusés par l’autre (« oui, mon pote, mais c’est trop tôt, tranchait Dany, t’es pas prêt pour être un vrai écolo, et tes mecs encore moins ») ; on les aurait vraiment cru ivres. De cet incroyable enchevêtrement de baratins politiciens, je n’ai retenu que les imprécations du seigneur Dany contre le peuple helvète, « des dingues qui veulent pas de mosquées » (ce qui est faux : le référendum suisse ne portait que sur les minarets), assorties d’une curieuse et révélatrice inquiétude pour les banques suisses « qui vont payer ça cher si les capitaux arabes foutent le camp » (sic) ; nouvel exemple, mais on ne les compte plus, de la connivence désormais bien installée entre la gogoche et la banque : ils sont presque toujours du même côté, désormais. (désormais ? Mais, c‘était déjà le cas dans les années soixante, quand de Gaulle observait l’étonnante alliance de « l’argent » et des milieux de la gauche atlantiste  - notamment autour de l’Express, lors de l’opération Deferre en vue de la présidentielle de 1965  - voir ici encore le livre de Nouzille, qui cite de grandes entreprises françaises finançant l’opération sous l’égide… de l’ambassadeur des Etats-Unis, Richard Bohlen ! Trouvé à ce sujet cette phrase révélatrice du Général à Peyrefitte, en 1966 : « La bourgeoisie sait très bien utiliser les hommes politiques de gauche, avec qui elle aime tant à dîner en ville ; c’est parce qu’elle sait que je ne suis pas de ceux-là qu’elle me combat ». Cette vaste connivence matérialiste a pris possession du monde, et d’abord du monde politique - elle a même failli circonvenir le mouvement souverainiste, l’hiver dernier… Que d’efforts nous faudra-t-il faire, forces de la Nation ! 

Me frappe plus que tout, ce soir, l’effarant effondrement de la parole politique, dont Dany et ses imprécations brouillonnes sont un beau symbole ; il faudra en venir sans tarder à d’autres mots, d’autres paroles, une autre façon de concevoir la responsabilité politique. Le débraillé est partout, faisant du clapotis politique une dérisoire fourmilière à laquelle les gens honnêtes auraient bien tort de s’intéresser. N.S. m’a signalé l’autre jour un clip, sur Daily-motion (voir ci contre) où l’on voyait « les jeunes de l’UMP » se mobilisant pour la réussite de Copenhague - une dizaine de jeunes rigolos, barbotaient dans la Seine, qu’ils écrivaient  scène, faute d’ailleurs révélatrice, outre de leur inculture, de ce que devient la politique, une misérable suite de mises en scène, en effet…

Le plus sérieux, ces jours-ci, est bien le débat intitulé (mal) « Identité nationale » - mieux vaudrait parler de l’Être français », comme je l’ai fait dans mon dernier livre (venu trop tôt, encore une fois…), voire, comme M. de Villepin, de la « vocation de la France ». Il est presque encourageant, que ce débat prenne dans l’opinion, et qu’il mobilise bien des esprits ; je voudrais d’ailleurs y revenir, ne serait-ce que pour préparer ma conférence de vendredi, à Châtellerault, où je tiens à être plus pédagogique, et plus directif que lors du  précédent dîner, si encourageant, organisé par le vaillante équipe de « bons Français » du Poitou. Je voudrais interroger cette notion d’identité, et le retour inespéré d’une idée des permanences de la France, c’est-à-dire d’une « Idée de la France » ; énumérer ses composantes, culturelles (langue, entendue comme code d’appartenance, le « bien parler » étant un signe de fidélité à des principes politiques et moraux, un imaginaire, notamment littéraire, une tradition, des commémorations ; et composantes politiques, la souveraineté devant se faire, pour paraphraser la formule de Renan, citée à tort et à travers, non point seulement « vouloir vivre », mais « vouloir agir ensemble ». Mais les arbres et la pluie et les branches et la  boue, et les feux de cheminée m’ont épuisé : l’Être Français, ce sera pour demain.

Publié dans Extraits du journal

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