Mardi 16 mars 2010 ; Paris.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 Promenade impromptue ce matin, à Saint Sulpice, puis au Luxembourg. Là, assez bien écrit, et déjeuné dans la gargotte au milieu du jardin, sous un petit soleil. Partout, même à Paris, trouver des arbres…
Puis, sur mes genoux, en surplomb du bassin où je crois avoir, jadis, fait naviguer un bateau à voile qu’on louait à un très vieux monsieur (comme ces souvenirs sont brumeux) j’écris le début de la « tribune » qu’E. de Montéty m’a demandée pour le Figaro de samedi sur le thème : l’écologie n’est pas l’alliée naturelle du socialisme… Certes, je vois bien l’intention politique, et même électorale, mais n’en ai pas moins accepté, cette fois : trop bonne occasion de rappler que le souci de l’environnement, pour moi celui des limites du pouvoir de l’homme, n’a rien à voir avec la naïve cosmogonie progressiste –et beaucoup plus avec le sentiment chrétien de n’être sur la terre qu’en passant. Le départ m’en est venu à Saint Sulpice, tout à l’heure ;
    « A l’entrée de l’église Saint-Sulpice de Paris, la première chapelle, à droite, abrite un monumental « Combat de Jacob avec l’Ange » : Delacroix y peint le puissant Jacob, noueux et obstiné, mis en échec par un ange frêle et aérien dont la force sereine, inexplicable, parvient à enserrer le guerrier, contenant et épuisant finalement ses fureurs. Délicate actualité : nous abordons à ce petit matin où le moderne guerrier du progrès infini découvre qu’il exténue ses forces et celles qui le nourrissent, où quelque chose, cela sans doute qu’on appela longtemps « la nature des choses » lui résiste, qui est de beaucoup plus fort que lui. Allégorie reprise en mode mineur à droite du tableau, où le poudroiement furieux d’un troupeau dévalant une pente en contrebas ne trouble qu’à peine la majesté tranquille des grands arbres… Nul doute que, après la longue lutte et le tonitruant passage, tout rentrera dans l’ordre.Regardant ce tableau tout à l’heure, je songeais à un autre, d’un ordre fort différent, celui des forces politiques françaises au lendemain des élections dites « régionales ». Point n’est besoin d’être grand clerc pour saisir que, désormais, l’arbitrage universel de la balance démocratique revient à une force nouvelle dénommée « écologiste », laquelle exprime en désordre le lancinant soupçon que la Nature, ou si l’on préfère « l’environnement » a déja désigné doucement en nous-mêmes nos limites. Si, dans le vieux jeu de l’UMP/PS (deux oligarchies de gouvernment qui n’atteignent ensemble qu’un quart des inscrits), le second parait aujourd’hui triompher, c’est tout simplement qu’il a su capter cette petite voix nouvelle…

Publié dans Extraits du journal

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