Vendredi 17 décembre. - Mirebeau, Mirebeau, Mirebeau, Mirebeau…

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Hier matin, j'ai décidé, sur un coup de tête, de rentrer à Mirebeau, chose bien contraire au programme, puisque j'avais (laborieusement) bouclé la maison, dimanche soir, pour trois semaines d'absence. Mais, à Paris, le trop plein de choses à faire, et surtout de choses que je pourrais faire, l'infinité des possibles parisiens en tous genres (dîners et autres "verres", cinéma, musées et autres plaisirs dispersés), me paralyse au point que je suis bien incapable d'écrire; or, il faut que ma Belgique avance… J'ai donc annulé mes rendez-vous, réuni ce que j'ai pu en grande hâte, et filé à la gare, où j'ai attrapé de justesse le train de 13h50.

Mirebeau est une sorte de refuge, un triste enfermement où je crois toujours pouvoir écrire à l'abri des tentations. Hélas les tentations foisonnent ici aussi, tout pareil. Pour commencer, je contiens depuis le départ du train une faim dévorante, et, aussitôt arrivé, n'ai rien de plus pressé (outre remonter le chauffage, car les 11 ou 12 degrés qui règnent dans les pièces auraient tendance à m'attirer au lit), que de faire des emplettes de bouche. Quoi de plus agréable que les courses sur la place quand l'appétit excite tous les sens ? Hélas, j'achète bien trop de bonnes choses, comme toujours, notamment un assortiment de toutes les sortes de saucisses que produit la sainte patrie, de Strasbourg, de Toulouse, de Morteau, force jambons et choucroute, ainsi qu'un paquet de lentilles dites biologiques, et me confectionne à la hâte un immense repas, accompagné d'un Bourgogne -et, dans l'oreille, de madame Colette, dont je retrouve miraculeusement une cassette d'entretiens avec André Parineau. Après quoi, bombance trop bien faite, il n'est bien entendu plus question d'écrire… (Je crois d'ailleurs que ces boulimies soudaines et irrationnelles, de plus en plus fréquentes, sont un terrible signe d''âge, un besoin inquiet de force et de plaisirs encore à disposition, qui ne signale que trop un certain transfert de sensualité…).

Du moins, je trouve le courage d'enmaisonner dans la demi-nuit plusieurs bûches, puis m'installe auprès d'un feu de tous les diables et reprends au crayon les pages du premier jet de la Belgique -il date de 2008 et n'est hélas pas au point, pas au point du tout. Beaucoup de pain sur la planche, mais ce sera pour demain…

Oui, mais : me cloîtrer ici  serait absurde si je ne travaillais pas…

Publié dans Extraits du journal

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