Mardi 13 juillet 2010

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 

… Escapade, hier au soir, au château de Frileuse, que Nicolas Martin, son propriétaire depuis quelques années, me pressait depuis longtemps de découvrir. Après avoir déposé JPPH à la gare de Saint Pierre-des-Corps,  (misérable "ville" qui ne paraît qu'une gare, perdue dans un horrible dédale de lotissements qui paraît comme une caricature de la marchandise pavillonnaire, de cette laideur s'étendant peu à peu sur toute la France comme des marées de lèpre), je cherche au jugé un peu de paysage, trouve enfin la Loire, et la longe longuement sur la levée nord, vers Blois; hélas, cette route pourrait être belle, si les centres commerciaux, les débris commerciaux, les panneaux commerciaux et les sociétés commerciales ne venaient l'enlaidir tous les vingt mètres (le commerce est vraiment devenu le maître omniprésent de ce monde), en sorte que toute contemplation de paysages est exclue; des paysages, d'ailleurs, il ne peut guère s'apercevoir, à moins que le regard s'enhardisse assez pour sauter au-delà des maisons qui bordent la route, et qui sont le plus souvent, encore et encore, des sortes de pavillons neufs, moitié en parpaings moitié en plastique (je vois du parpaing et du plastique partout),  ou des bicoques que les propriétaires s'obstinent simultanément à enjoliver avec de petits bouts de massifs de fleurs des plus mièvres et, à enlaidir avec des morceaux de hangars en tôle, des restes de voitures ou de caravanes rouillant dans un coin, puis à embellir avec des petits bouts de massifs ou des bacs de fleurs devenus, dans cet univers, dérisoires. C'est à croire que les Français, qui ont reçu en partage quelques uns parmi les plus beaux paysages du monde, et l'un de ses plus admirables patrimoines architecturaux, s'obstinent à faire de la France l'un des pays les plus laids qui soit, du moins sur une immense majorité de son territoire, jusques et y compris les bords de Loire.

Il est manifeste que les préfectures ont partout abandonné toute idée de politique environnementale, au sens strict de ce mot, qui signifie ou devrait signifier d'abord le souci esthétique -ou bien les prétendues "commissions d'urbanisme" sont-elles tombées sous la coupe des affreux Conseils généraux, Conseils régionaux, ou autres "communautés de communes", c'est-à-dire des partis, des clientèles, des élus à la petite semaine -braves gens le plus souvent sans goût, alors que la plupart des préfets , je puis en témoigner, en avaient bien davantage. Finalement il n'est pas jusqu'aux paysages les plus célèbres qui ne soient saccagés par  cette obsession sociale qui aura décidément effiloché la France par tous ses bouts… Obsession sociale : je devrais dire  socialisme, car c'est bien cette sorte de socialisme universel, si conforme à la barbarie techno-libertaire de nos temps qu'il a débordé, l'affreux parti socialiste jusqu'à gangrener à peu près tous les autres, qui a fichu ce pauvre pays par terre, sur quelque question que ce soit…

Toujours est-il que, de bords de Loire, tels que je les entendais, et sans doute ne suis-je pas le seul, il n'est plus ; finis.  ("Fini", c'est d'ailleurs le mot du jour; on dirait que tout, partout, a déjà tiré son rideau... )

Publié dans Extraits du journal

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