Vendredi 7 mai 2010, minuit; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Sont-ce déjà les saints de glace, ou ne serait-ce qu'une lune rousse ? Voici huit jours que le joli mai est arrivé, et que nous avons froid. Non pas frais mais froid : pluie, tempête, vent glacé, un petit air humide et froid s'insinue partout, et il me faut lutter pied à pied contre mes amis venus de la ville pour ne pas rallumer le chauffage. En mai, pas question. 16 ou 17 degrés font une bien suffisante température. Bien entendu, si l'on prétend vivre à toutes forces pieds nus, en légère chemise et cheveux aux vent, il ne fait pas chaud : leurs caprices m'amusent assez, et je songe en souriant aux chocs que produiront les temps à venir sur les douillets petits marquis des bourgs. De la douce chaleur en toute saison, de grands voyages, de bons repas, les meilleurs vins  : comme ils auront aimé consommer –consommer, la plus basse activité des hommes, ma foi. Qu'ils s'habituent donc au froid : dame nature ne fait que les préparer aux rigueurs à venir…

    Le relachement de ce journal a une autre cause : depuis seize jours aujourd'hui, je me suis lancé dans une longue réponse (je prévois une petite centaine de pages) à Régis Debray, dont la préface aux quelques "Grands Discours de guerre" du général de Gaulle que publient les éditions Perrin dans la perspective du 70 ème anniversaire du 18 juin, m'a plongé dans un désarroi sans nom. En gros, Debray n'admire de Gaulle que pour l'esbrouffe réussie de la France Libre qui, à coup de belles phrases et de petits blufs bien joués, a permis à la France de ne pas sortir de l'Histoire sur la honte d'un armistice, mais sur le beau geste du 18 Juin. Ouf!, dit Debray, "l'affaire France s'est donc bien terminée". Ce petit désespoir ricanant et confortable, glissé sous le couvert d'un éloge du Général de Gaulle encore, est pour moi un coup grave : parce que c'est de Gaulle, parce c'est Debray et parce que ces misérables trente pages donnent une onction pour ainsi dire définitive au sentiment, si courant tout autour de moi, que "tout est fichu" –c'est à dire que France est en train de sortir de l'Histoire,  que nul n'y peut rien et que… et que…. Point final.

Ah, non ! Assez de ces lachetés distinguées ! Dans ma colère, que je crois sainte, j'ai trouvé un secours innattendu, Slobodan Despot, qui a une petite maison d'édition en suisse –j'échappe ainsi au réseau des mondanités qui, à Paris, eussent protégé le pauvre mais tout puissant Debray. A l'aveugle, sans avoir parlé de ce livre à personne, sinon PP puis CF, j'ai foncé : près de 80 pages en deux semaines; mais il  reste tant à dire encore ! Travail acharné, comme je n'en ai pas fourni depuis longtemps : du coup, l'actualité attendra…

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article