Vendredi 5 novembre. Sur la ploutocratie et ses conséquences; du mauvais vouloir général qu'a révélé le conflit sur les retraites…

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 

 

On ne sait si la ploutocratie est le règne de l’argent c’est-à-dire aujourd’hui des oligarchies financières; ou le règne pour l’argent, c’est-à-dire l’occupation de places pour faire de l’argent. Quoi qu’il en soit, la France a droit aujourd'hui à l'un et à l'autre.

Voir par exemple l'affaire Hirsch-Copé : il y a quelques mois le premier accusait le second de "conflit d’intérêt", accusation qui nous permettait d’apprendre incidemment que ledit Copé joignait à ses rémunérations publiques de député et président de groupe, ainsi que de maire de Meaux, une fonction d’avocat d’affaires qui, pour trois demi-journées par semaine, lui assurait une rémunération mensuelle de 20.000 Euros. Animé d’un de ces petits désirs de vengeance qui agite toujours les caravansérails politiques quand la vraie politique se retire, l’accusé Copé accusa son accusateur Hirsch (Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté), de cumuler lui-même la rémunération attachée à sa fonction, de rang quasi-gouvernemental, et celles d’autres fonctions qu'il occupe dans le domaine de  la philanthropie publique; et de rédiger incontinent un amendement au projet de loi de finances qui l’en privait en bonne partie…

 Joli monde : l’accusateur était moins inspiré par le souci des finances publiques que par la jalousie, ses quelques dizaines de milliers d’euros mensuels étant inférieurs à ceux dudit Copé; et celui-ci joue en retour de son rôle au sein de l’Assemblée non pour le service du Bien commun mais celui de ses règlements de comptes. Après l’épisode des cigares de M. Blanc, et celui des voyages de M. Joyandet, à la faveur desquels on vit déballer les sommes considérables que ces messieurs et dames dépensent pour leurs frais de bouche et de palais, de menus plaisirs et grands voyages, après les nombreux épisodes de l’affaire Woerth qui accumula les conflits d’intérêts et les ruses financières (consistant par exemple à créer des micros partis par lesquels les petits potentats politiques financent leurs « actions » grâce aux contributions de quelques magnats intéressés), après tant et tant de preuves données de l’oubli quasi total des exigences du bien commun, on se demande pourquoi les Français consentiraient à quelque sacrifice que ce soit, aussi rationnel et nécessaire soient-ils. C'est le fond sans doute des si déroutantes oppositions qu'a rencontrées la réforme des retraites.

C’est la délégitimation du politique et donc de toute autorité publique qui s’aperçoit ici : il faut dire et redire que, en France, des premiers petits Capet impécunieux jusqu’aux Valois, la Couronne de France fut respectée parce qu’elle n’était point riche et pouvait fonder son autorité sur ce puissant ressort de la légitimité qui est l’alliance du Roi et du Peuple contre les nantis. C’est ainsi que s’est fondé l’Etat en France, et Louis XIV le mit en grand péril quand, croyant dompter les puissants par le piège de Versailles il se piégea lui-même en donnant l’image d’un roi fastueux, coupé du peuple : de là naquit l’esprit révolutionnaire.  De même, il est fort à craindre que l’Etat paie cher l’actuelle ploutocratie dont l’actuel chef a si fâcheusement  donné l’exemple. Leur souci de l’argent est notre ruine.

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