Vendredi 30 juillet 2010

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Vendredi 30 juillet 2010. Tumultueux dîner, l'autre jour, avec les Saint Robert de passage au Prieuré; je ne comprends pas que ce triste maître ne veuille pas lire ma lettre ouverte à Debray -crainte, sans doute (et d'ailleurs, il l'avoue!), de se compromettre et de perdre l'amitié dudit Debray. Quand la solidarité mondaine recouvre tout…

 Je vais finir par croire que l'Académie française est un naufrage -auquel, encore, bien peu accèdent…

Du moins nous sommes nous réconciliés, vers la fin du dîner, en louangeant le très bon ouvrage d'Antoine Delenda "Vichy, journal d'un opposant de l'intérieur", chez l'inaltérable F-X de Guibert; Delenda, diplomate de haut vol a servi Vichy tout en énumérant chaque soir, dans son journal,  ses errances et ses défaites, avec une lucidité incroyable : où l'on voit que Vichy n'a pas sauvé grand chose, de l'aveu même de ceux qui admiraient le Maréchal et le servirent comme ils le purent…)

            Sur France Culture, ces jours-ci (outre l'habituel préchi-précha vespéral, toujours aussi agressivement athéiste, d'Onfray : cet abonnement renouvelé depuis des années est un pur scandale, d'autant que personne n'a le droit de lui répondre, jamais), il n'est question  que de Churchill : une longue série au "vieux lion" consacrée, nommée "Grande Traversée" et  confiée à Pierre Assouline, qui a avait si bien réussi semblable exercice il y a deux ans avec de Gaulle. L'exercice n'est pas si simple, j'en juge d'après les difficultés que j'ai rencontrées il y a une douzaine d'années lorsque la même, ou pas tout à fait la même France Culture (c'était avant le carnage de Laure Adler), m'avait confiée deux émissions de deux heures sur l'Assemblée nationale dans  la série "lieux de mémoire". Cette fois, Assouline est un peu brouillon, à l'image du personnage traité sans doute; surtout on voit combien la matière est moindre dans le cas de Churchill, là où de Gaulle semblait inépuisable -surtout pour l'incroyable récapitulation de la culture européenne qu'ont incorporé son œuvre et sa personne, pour sa part philosophique et littéraire, ce que l'on ne trouve guère chez Churchill, pourtant prix Nobel de littérature… (Plusieurs participants s'accordent à reconnaître d'ailleurs que c'est lui, de Gaulle, qui eût mérité le Nobel et non Churchill -lequel d'ailleurs dictait ses livres, je le relève avec gourmandise, moi qui écrirais tant si seulement j'avais une secrétaire chez moi tous les matins)…

Mais, entre de Gaulle et Churchill, les parallèles sont frappants : d'abord les deux hommes ont semblablement baigné dans l'Histoire, dont le jeune Winston, lointain descendant de Malbourough, a chaque jour vu défiler les figures sur les murs des couloirs du château familial; même ascendance aristocratique, qui semble avoir été aussi secrètement déterminante dans chaque cas; même goût physique, charnel, de la guerre, si mal vu pourtant par ceux qui les admirent; leur solitude tout au long des années trente face au danger nazi, au désarmement obsessionnel des gnomes -abandon qui allait de pair avec le dégoût de la guerre, d'ailleurs. Même volonté, à la Libération, de maintenir leur peuple dans l'effort et dans la tension guerrière, face au péril communiste et surtout à celui du relâchement (la campagne électorale de Winston, en 1945, fondée sur l'exigence de nouveaux efforts, est un modèle d'exigence démocratique, que la démocratie parlementaire ne permet presque jamais), et même disgrâce, comme si le système démocratique n'était efficace que dans la guerre, dont les valeurs sont pourtant si peu conformes aux siennes. La guerre (grand sujet intérieur de ces jours, au point que j'y consacre, sous couvert de traiter de Corneille, ma nouvelle chronique littéraire dans le Choc du mois") est décidément une grave question, la question politique cardinale mais oubliée -raison pour laquelle sans doute les esprits ont perdu de vue l'essence de la politique.

Cicéron, toujours "l'Homme est incapable de rester digne dans la paix"…

Publié dans Extraits du journal

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