Vendredi 27 novembre ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Pluie et vent, les cheminées tirent et soufflent, la bise siffle aux fenêtres de tous côtés. Désordre de lectures, relectures, ratures et conjectures diverses sur le volume, le plan, l’allure de ce damné de Gaulle II auquel j’ai beaucoup trop réfléchi depuis cinq ans pour ne pas men trouver à présent complètement débordé.

Et sans cesse vient frapper sur mes hauts murs le tintamaresque ressac des horreurs contemporaines : je viens encore d’en apprendre une belle, à verser dans le dossier N.S., autrement nommé « tout doit disparaître » : un professeur d’histoire m’apprend incidemment que le vieil enseignement d’histoire-géo, que l’on aurait pu croire, que je croyais consubstanciel à toute éducation nationale, à l’école publique en elle-même, à toute Ecole, est devenu, non seulement optionnel, aux bons soins de l’humaniste Darcos, mais qu’il n’est même plus proposé dans certaines filières, dont les nouveaux programmes lui  substituent des cours « d’Economie et Gestion » : supplémentaire percée dans les esprits du grand règne de la Marchandise, et de cette obsession commerciale qui colonise aujourd’hui mes contemporains. Le pire du pire est que ce professeur s’est vite fait une raison : connaissant ses collègues, il juge que le reflux de l’histoire n’est pas une mauvaise chose, puisque son enseignement n’était plus que matière à propagandes diverses, généralement anti-françaises : « On n’enseignait plus qu’à détester la France, c’est déjà çà de gagné ! », me dit-il, riant sans rire. Je me récrie, il insiste : « De toutes façons, dès qu’un prof (sic), entre dans la véritable histoire de France, celle des faits et non des thèmes imposés par les « nouveaux programmes », il se trouve des élèves pour nous accuser de nationalisme. Lorsqu’il y a plus de quatre ou cinq musulmans dans la classe, c’est le bouquet : obstruction systématique, sur l’air de « votre histoire n’est pas la notre » et, comme lui a dit récemment une de ses élèves : « Vous nous manquez de respect ». J’ai peine à le croire, et pense qu’il exagère ; comment, pourtant, comprendre cette conclusion, qui a l’air sincère : « j’adore l’histoire, mais on ne peut plus l’enseigner ; bientôt la retraite, heureusement ! Je vais pouvoir me réfugier dans mes livres ; j’en ai des milliers, je voudrais avoir le temps de les relire ». Une solution, en effet -mais, comme toujours, une solution individuelle.

Je veux bien croire que la France est une voie propre pour ce monde, une voie humaine entre le Tout Religieux de l’Islam et le Tout Commerce de la civilisation    « atlantique » ; mais, puisque la voie française est aussi et d’abord politique, il faudrait, en fait de politique, en avoir une, et par exemple utiliser les excès du matérialisme contre les excès de l’islamisme, permettant  de faire valoir ce que notre civilisation porte d’humanité, dans ce siècle et les prochains ; or, nous voici pris dans la tenaille, l’infernale collusion de l’Islamérique, la combinaison, devenue toute puissante jusque dans notre sustème nerveux central, des deux sytèmes prétendument opposés –ils ne le sont pas autant que nos contemporains le croient, c’est tout le drame. Coalition, sympathie, combinaison si puissante que les mieux intentionnés baissent les bras, au point d’admettre que diparaisse, au moins dans la masse de notre peuple, toute mémoire. Atteint ce point de déréliction, on n’aperçoit plus nulle issue, à vue humaine. Restent quelques dernier îlots individuels, des murs et des grimoires ; mais on ne peut imaginer qui saisira un jour ces bouteilles dérivant sur la mer…

Quels jours vivons-nous ? : la guerre est affreuse, c’est entendu, et même très entendu ; mais la paix est plus affreuse encore, en ce qu’elle n’est jamais rien d’autre qu’une guerre que l’on perd en silence.

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article