Vendredi 25 février; Mirebeau. Deux observations concordantes sur le Maroc et l'expatriation.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Tombe sur une paperolle griffonnée au Maroc, après un dîner où notre hôte nous lança tout à trac, à Florence et moi "Mais comment pouvez-vous supporter vos Marocains en France ? Ce sont des voyous !". Ai souvent observé chez les Marocains une générale prévention (que, en France, on nomme bêtement racisme), vis à vis de leurs compatriotes expatriés, qui en effet se tiennent souvent fort mal quand ils reviennent en vacances dans leur pays qui ne les reconnaît plus, jouant tout à coup les richards pétaradants, à l'exaspération générale. Signe supplémentaire d'une observation souvent faite, y inclus auprès de Français trop longtemps expatriés, que des individus coupés de leur civilisation propre ne savent plus se tenir, cela quelle que soit leur provenance : sans foi ni loi parce que sans feu ni lieu.

 

Autre annotation rapportée du même voyage : plusieurs personnes m'ont parlé du comportement incroyablement cynique de la plupart de personnalités françaises en goguette au Maroc. Il y a la crème des bobos parisiens, type Pierre Bergé ou Dominique Strauss-Kahn  qui mènent grand train à Tanger ou Marrakech, les villes les plus branchées  (DSK est né au Maroc, il y posséderait des terres dans la campagne proche de Marrakech,  ainsi qu'un petit palais, sa femme possédant, selon ce qui m'a été dit, une villa à Tanger…); ils vivent, et ostensiblement, dans une profusion de luxe qui est injurieuse pour un peuple dont une grand majorité vit ou survit avec quelques euros par jour. Il y a aussi les officiels qui abusent de la belle Mamounnia (hotel que je n'ai pas trouvé folichon, quand j'y suis descendu en 1986, mais qui jouit aujourd'hui d'une très grosse cote), et n'en règle jamais aucune note. Jacques Chirac s'est fait de cela une spécialité -mais aussi, à son exemple si l'on peut dire, un grand nombre d'officiels, de ministres français et de leur suite. Dix fois, on m'a raconté l'anecdote, trop connue hélas, de "l'accompagnatrice" d'un ministre qui, furieuse que celui-ci lui ait un soir préféré un garçon, saccagea l'une des plus belles suites, endommageant meubles et tableaux de prix, sans que l'hôtel fut défrayé -l'habitude étant prise d'envoyer "au Palais" les impayés des hôtes officiels; (d'ailleurs, il n'y a pas de ligne budgétaire pour payer ce genre de dégâts…) Tout cela se sait, se dit, se répète au Maroc, et nourrit les pires préventions à notre encontre. Quand nous débarrasserons-nous de cette "classe dite politique qui est une bande de tout petits jouisseurs ?

 

Affaire qui corrobore d'ailleurs ce que j'écrivais plus haut : il y a des créatures qui, dès qu'elles ne sont pas dans leur pays et se sentent la bride sur le cou, se comportent fort mal… sans feu ni lieu, sans foi ni loi…

Publié dans Extraits du journal

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