Vendredi 20 novembre 2009 ; Paris.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 Je replonge dans mon second tome et pense toute la journée à mon Général, inventoriant en ce moment les aspects de sa personne qui ne cadrent pas avec l’image militaire, autoritaire et martiale que l’on se fait communément de lui. Sa sensibilité sans cesse contenue parle à tous les détours : écriture (à la fois calligraphie et style, quelquefois même les sujets, comme les nouvelles ou scénettes de sa jeunesse) ; feu de la voix, parfois des emportements traduits aussitôt par quelques déraillements vers les aigus ; impossibilité de voir souffrir les animaux (« c’est un homme extraordinairement accessible à la souffrance » dit de lui Churchill) ; dépressions brutales, et moments d’exaltation ; courtes irruptions de pleurs, dont l’ouvrage de Tauriac offre quelques témoignages, passion vénusienne des femmes etc… Aspects incompatibles avec son image martiale, et, d’ailleurs, une vie nettement guerrière ? Non point, au fond, car un caractère, certes oublié réunit parfaitement Mars et Venus, ce que les grecs appelaient thumos : ardeur, passion, courage, le mot est  difficile à traduire - il faudrait faire référence pour le comprendre à Corneille , par exemple au sens du mot cœur dans « Rodrigues, as-t-u du cœur ?, le cœur  étant la source de tout le reste, la sensibilité comme le sacrifice… Thumos est je crois son trait majeur ;  d’où, hélas, sa terrible inactualité… Qui nourrit encore assez de thumos ? personne parmi les petits parleurs politiques, si distancié vis à vis d’eux-mêmes et de leurs discours –y compris les lieux disposés, et beaucoup de ceux qui endossent la cause de la souveraineté française, sans y croire, sans se démonter assez pour aller au delà de ce qu’il suffit pour assurer leur carrière… Qui se jette à l’eau, qui, à la question « moi ou la France », répond la France ? Il faut un feu dont on ne voit guère qui le possède encore ; pour se sangler comme l’a fait de Gaulle, quel feu faut-il nourrir en soi ! 

 

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article