Vendredi 1er janvier 2010 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

La cérémonie des vœux me paraît chaque année plus morne, et je doute que, notre bon Doyen mis à part, les cinq convives du prieuré aient passé hier une bonne soirée, tant elle fut traversée de conflits, idiotement politiques. J’ai tout de même appris au passage pourquoi notre curé était ici appelé par tout le monde «le Doyen » : c’est que, il y a trente ans de cela (il est plus qu’octogénaire ), il eut douze prêtres sous son autorité, qui étaient chargés des églises de Mirebeau et celles des villages alentours ; aujourd’hui, il est seul, les autres prêtres étant morts, ou défroqués, ou mutés dans des régions où il n’y avait plus aucun homme d’église à vingt kilomètres à la ronde ; seul, donc, pour de sept paroisses du « Mirebalais » ; il doute d’ailleurs d’être remplacé lorsqu’il ne pourra plus dire ses messes, et ajoute, sans paraître autrement bouleversé, que d’ici deux ans environ, le diocèse de Poitiers pourrait être déclaré en faillite, le denier du clergé n’étant plus de grand rapport (ce qui ne m’étonne guère, à voir la très mince et pauvre affluence à l’unique messe dominicale), et les dons se faisant extrêmement rares, au point que le clergé de la Vienne, ou ce qu’il en reste, devra se débrouiller comme il pourra ; il pense, philosophe, que bien des églises devraient être désacralisées et vendues avant qu’on ne soit obligé de les détruire pour insalubrité – D.P. lui apprend à cette occasion, non sans délectation, ce que sont les lofts, habitations ultra-modernes auxquelles les églises se prêtent fort bien… Le placide Doyen estime que, s’il doit rester des prêtres dans une génération, ils devront avoir une fortune personnelle, ce qui était bien le cas, après tout, tout au long de l’Ancien Régime –mais pourquoi y aurait-il des prêtres, puisqu’il n’y a presque plus personne pour assister aux messes, etc. Drôle de réveillon. Un regret unanime tout de même : comment célébrer baptêmes, mariages, et enterrements, ce service public que l’Eglise assume seule, pour les beaux yeux de braves gens qui ne croient ni en Dieu ni en diable, mais qui, dit-il en souriant, « marchent très fort », car on veut, pour les grandes occasions, un peu de cérémonie, un brin de spectacle. Je réponds que des ripailles privées feront bien l’affaire, comme elles le font déjà pour la célébration de Noël ; et que, pour ce qui est des morts, il se trouvera toujours un coin, dans les abords des villages et des villes pour les jeter dans une fosse ou sur un bûcher, probablement ultra-moderne. Ceci étant dit, bonne année à tout le monde !

Publié dans Extraits du journal

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