Une conférence avec Joseph Daul (par Julia B.)

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

La semaine dernière, j'ai assisté à une petite conférence donnée par Joseph Daul, président du PPE. Thème de la soirée: "Quelle gouvernance pour l'Europe" (il manquait pour une fois le terme "enjeux", tout étant constamment un "enjeu", vocable passe-partout). La soirée a débuté par un adoubement du conférencier principal par son hôte, professeur de droit communautaire à Sciences-Po Strasbourg (M. Constantinesco), le présentant non sans fierté avec un petit vibrato dans la voix, comme l'une des dix personnes les plus influentes de l'Union Européenne. Furent rappelées les origines paysannes (forcément gage d'honnêteté) de Monsieur Daul, sa capacité à gravir les échelons, grâce à sa ténacité toute bonhomme, et sa foi européïste naturellement intrinsèquement alsacienne, cette grande compréhension donc amitié de fait avec nos congénères d'outre-Rhin. Trêve de cynisme railleur, ceci n'est point notre genre. Nous avons ensuite eu droit à une bonne trentaine de minutes de lieux communs comme le même disque passé depuis au moins dix ans, le tout agrémenté de vilaines fautes de français. Passons sur les "l'Europe c'est la fin de la guerre", "ensemble c'est mieux que l'autarcie", "de toute façon y'a pas le choix", entrecoupé d'émouvantes évocations de vie quotidienne "lui, je le fréquente tous les jours, en parlant par exemple de Barroso comme on parle d'un copain de PMU","de toute façon les deux principaux groupes parlementaires s'entendent ensemble, comme au Congrès aux Etats-Unis" autant d'auto-satisfactions qui firent écho à d'autres considérations évidentes mais qui m'ont fait tendre l'oreille: "pour vivre heureux, vivons cachés", "bien entendu, si nous avions exposé cela en place publique, ça ne serait jamais passé" ou encore "alerter sur la crise, et ça aurait créé un vent de panique, et puis les allemands n'étaient pas d'accord, et avec eux on ne joue pas avec ça hahaha", "je prends soin de ne pas communiquer sur mes travaux". Autant d'aveux d'antidémocratisme et de compromis (en langage UE = compromission) à ciel ouvert! Le plus réjouissant arrive ici: des souverainistes comme moi étaient dispersés dans le public (environ 100 personnes) et il y eut des interventions longues très pertinentes, rappel des NON de 2005 et 2008, questions sur les délocalisations, sur le protectionnisme européen qui serait pourtant on ne peut plus européen justement etc. Réponse de Daul, comme un éternuement allergique : "vous écoutez trop Marine Le Pen". 2e intervention du même acabit par un militant UMP, puis 3e. Vifs applaudissements spontanés pour les intervenants anonymes du public. Eructation de "je ne cède pas à l'extrémisme". Le clou fut sa conclusion, alors que rouge et suffoquant de rage à peine contenue "de toute façon si de Gaulle était encore des nôtres, il serait pour l'Union telle qu'elle est".
De plus en plus il arrive des évènements comme celui-ci avec des personnes de tous bords qui rappellent les fondamentaux du bon sens, pour mettre en relief l'ineptie des courroies de transmission du Système tel que Daul. Car il a sauté aux yeux de la personne neutre que Daul est un pantin assez grotesque et finalement inspirant une certaine pitié. Visiblement limité, s'exprimant mal et dont la seule qualité semble être l'effronterie et l'obstination propre aux bornés. Il n'est même pas fasciné. Il pense que l'intelligence de la conviction c'est suivre, il ne réfléchit pas au concept, il réfléchit dur à l'applicabilité. L'incarnation du zèle insupportable des auto-persuadés (pire encore que l'auto-censure).
Voilà de qui le Système s'affuble encore. Signe que la fin approche, même s'il faut se méfier plus que jamais.

 

(Conférence tenue à Strasbourg le 7 avril 2011)

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