Semaine 25 (du 20 au 26 juin 2011)

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Lundi 20 juin deux mil onze. Paris. - "Comment peut-on dire que l'Europe sera moins sociale demain qu'aujourd'hui ? Alors que ce sera plus d'emplois, plus de protection sociale et moins d'exclusion...". Ce qu'a d'étonnant cette phrase de Martine Aubry (prononcée à Béthune le 12 septembre 1992) n'est pas seulement ce qu'elle révèle d'aveuglement, aveuglement finalement ordinaire, et ordinairement fondé sur la plus bête idéologie, bien capitonné dans l'habituelle bonne conscience moderniste ou "progressiste"; ce qui m'étonne est qu'une femme qui se trompe et trompe à ce point son peuple, qui produit ensuite des lois genre 35 heures considérées sur presque tous les bancs comme stupide, qui ne fait ensuite que prendre du galon dans un parti, en un mot une femme qui non seulement n'a rendu aucun service à la Res-publique mais a grandement contribué à l'enferrer dans l'ornière, ait aujourd'hui l'impudence de se déclarer candidate à la responsabilité suprême et que sa candidature soit regardée comme sérieuse -pire encore, qu'elle le soit ! Et cela alors que ceux qui avaient vu l'énormité de la faute sont stigmatisés, et qu'aucun parmi eux ne soit tenu, sur le forum bouclé par les oligarchies, comme étant présidentiable. Que nous ne soyons pas en démocratie, la preuve est faite depuis longtemps, mais que les "démocrates" aient à ce point réussi leur opération terroriste annonce sans aucun doute d'affreuses nuits de violence.

 

 


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Mardi 21 juin deux mil onze. Paris. - Comme j'estime Nigel Farage! Voilà presque douze ans que nous nous connaissons, nous avons siégé dix ans côte à côte sans qu'un nuage jamais ne trouble notre entente, j'ai tout fait pour que, en 2004, il soit président de notre groupe au Parlement européen, ce qu'il est encore dans l'actuelle législature, je l'ai vu tout au long de ces années prendre du galon en Grande Bretagne (où son parti, UKIP, est devenu le troisième, bientôt peut-être le deuxième du Royaume) aussi bien qu'à Bruxelles ou Strasbourg et partout en Europe, et le voici hier, après deux années sans que nous ne nous soyons croisés ou téléphoné, entrant chez moi, tout sourire, aussi simple et amical que je l'ai toujours connu.

Chevalier inoxydable, cet homme est si droit dans ses bottes que je partirais demain à la guerre avec lui s'il me le demandait. Au cours des trois heures que nous avons passées en tête à tête (pas tout à fait en tête à tête car, tandis que, après notre déjeuner nous revînmes chez moi prendre dernier cognac et dernier café, nous retrouvons Christine Boutin, avec qui j'avais rendez-vous chez moi à 15 heures, et nous voici devisant tous les trois sur l'avenir de l'Europe en tournant nos petites cuillères dans nos tasses à café, trio improvisé…), au cours de ces bonnes heures, donc, nous accumulons les informations optimistes sur la décrépitude certaine de notre vieille amie l'UE -reste à savoir ce que nous ferons de notre victoire…

Pour dire le vrai, c'est lui surtout qui me donne des nouvelles, en particulier sur les mouvements démocratiques à travers l'Europe -ceux que la presse nomme "populistes" donnant à entendre qu'ils menacent la démocratie alors qu'ils en sont la dernière chance… A l'Est, à l'Ouest, au Nord surtout, ils sont partout en progrès. Nigel me semble en relation avec presque tous, au point que cet intrépide Britannique pourrait devenir le ciment de la résistance européenne : Rule Britania… Il me demande de lui tracer un tableau de nos forces en France, ce que je fais en détails; nous tombons d'accord sur tout, ou presque tout.

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Mercredi 22 juin deux mil onze; Paris. - Hier au soir, tandis que Paris s'énervait au prétexte de "fête de la musique" (aux âmes mortes, tout est prétexte pour faire du bruit), et que, remontant de la Concorde au Vieux Colombier par le boulevard de notre non moins vieil ami saint Germain, je rentrai solitaire d'un dîner à l'Auto avec l'inégalable Saint Robert, une nouvelle euphorie me prend -c'est la saison des euphories soudaines. Inexplicablement, je me suis souvenu des stances de Polyeucte, crues égarées au fond de ma pauvre tête, mais dont je retrouvai à peu près chaque vers, me les répétant en boucle pour ne pas les perdre.

" Source délicieuse, en misères féconde,
Que voulez vous de moi, flatteuses voluptés ?
Honteux attachements de la chair et du monde,
Que ne me quittez-vous, puisque je vous ai quittés ?
Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre !
Toute votre félicité
En moins que rien tombe à terre;
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité. "

A vérifier, ce que je ne peux faire ici, où je n'ai pas mes Corneille. Ces stances apprises dans ma jeunesse, où elles n'avaient certes pas un sens aussi fort qu'aujourd'hui, à quelques mots près je les possédais sans le savoir; et voilà qu'au bon moment elles me reviennent en mémoire !
(Me fait penser, à propos des merveilles du "par cœur" que, si la supposée Education nationale élimine aujourd'hui les exercices de mémoire, c'est qu'elle est désormais entièrement intégrée à la civilisation marchande, qui a justement besoin, pour réduire toutes les valeurs à celles du commerce, de pourchasser la mémoire sous toutes ses formes : encore une connivence entre les onéreuses armées de pedagos de la gogoche et le fric…)

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Jeudi 23 juin deux mil onze. Paris. - Sur le sujet d'hier (celui du renoncement de Polyeucte "aux attachements de la chair et du monde"), je pensais tout à l'heure, après une déconvenue, et une fatigue, à ce que pourrait être la complainte d'une fleur fanée suppliant pluies et vents de disperser ses dernières pétales, et que l'automne vienne la courber dans la terre, afin que ne tarde pas la renaissance de ses graines, et qu'elle retrouve bientôt la splendeur du bourgeon au point d'éclore.

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Vendredi 24 juin deux mil onze; Paris. - L'autre jour, j'évoquais le nombre de jeunes gens auxquels la perspective de l'"alliance avec Marine" donne un sens, une espérance, pour ainsi dire un élan : on voit se dessiner à travers eux une force politique nouvelle, dont les contours, et plus encore le discours restent à définir, mais je vois tous ces jeunes comme un gage de la durée de l'entreprise, laquelle sera bien entendu de longue haleine. Ai ainsi reçu un certain P-L., jeune militant gaulliste, très bien formé et de sûr jugement politique (comment de tels esprits peuvent-ils sortir à ce point armés de la moulinette éducative dans l'état où elle est ?) qui comprend parfaitement ce que nous entreprenons de faire. Tombons d'accord notamment sur l'importance du nom que prendra le nouveau mouvement…

Tout à l'heure, conversation avec E.F. sur l'affaire Aréva, et la brutale éviction, l'autre jour de Madame Anne Lauvergeon qui la dirigeait fermement, et apparemment à la satisfaction générale puisque la réputation internationale qu'elle a acquise est évidemment une arme pour le fleuron mondial du nucléaire, l'une des premières et des plus stratégiques qui reste à la France. Las, l'Elysée en veut apparemment à cette dame pour des raisons que, certes, je ne connais pas - à moins qu'on ait voulu mettre à cette place enviée un personnage du sérail… On en arrive ainsi à se dire des choses terribles : que nous avions tort, par exemple, de mettre en sourdine notre détestation pour la fine équipe au "pouvoir", qui n'a pas l'air d'avoir une idée bien précise des traditions, des principes et des intérêts de la France, en sorte qu'il faudrait plutôt incriminer les  étourdis qui les ont placés là où ils sont; mais c'est peut-être pire que l'hypothèse de l'incompétence : il est bien possible que ces nouveaux messieurs aient une assez nette conception des principes et intérêts de la France pour les pulvériser patiemment, froidement, et méticuleusement...

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Samedi 25 juin deux mil onze. - Journée plus calme aujourd'hui, où, pour une fois, je suis à Paris sans subir la servitude des rendez-vous, n'ayant décidé qu'au dernier moment de répondre à l'invitation de Marine le Pen, laquelle organise tout à l'heure, dans sa résidence de Montretout, une sorte de raout amical; j'avais bien envie de rentrer hier dans mon Poitou,  comme prévu, mais j'ai trouvé Marine si chaleureuse jeudi soir, tandis que je l'appelais après sa remarquable prestation télévisée (elle fut généralement magistrale face à une brochette de journalistes-militants déchaînés mais qui, se livrant à une véritable "tournante", se sont finalement ridiculisés devant la France entière), je la trouvai donc, au téléphone si confiante et amicale que je me suis finalement laissé fléchir -non sans réfléchir; mais comment ne pas voir qu'elle déteint désormais bien des clefs et que rien ne peut se faire sans elle ?

Suis du coup resté à Paris, passant l'après-midi à lire, et revenant enfin à de Gaulle après le tourbillon des lectures rendues nécessaires par l'enregistrement à la chaîne de nos émissions estivales sur Courtoisie -pas moins de sept en dix jours, c'est enthousiasmant et épuisant à la fois. Je ne me lève à cinq heures que pour me rendre chez J.R., qui a la gentillesse de réaliser chez lui deux ou trois clips, bons peut-être à distraire un peu ce journal de mes toujours trop longues phrases; ainsi qu'un plus long entretien destiné à son site "Enquêtes et Débats", site fort riche, sur lequel le même JR diffuse, dans le même format, un entretien avec NDA -cet entretien est d'ailleurs fort bon, et je vais essayer de l'instiller aussi dans ce journal.  (A propos de NDA, j'ai omis de dire ici que j'ai déjeuné avec lui mercredi, et que ce fut de longtemps le premier moment où nous nous sommes si bien accordés. Parviendrai-je à le convaincre un jour d'entrer dans l'Union, ou l'Alliance, ou le Rassemblement des Patriotes au sein duquel il pourrait jouer un rôle majeur; ou faut-il attendre que la nécessité l'y contraigne ?)

Quoi qu'il en soit, je dois me préparer pour ces deux dernières sorties, les filmages Robin puis la soirée au curieusement nommé "Montretout", après quoi retour dare-dare demain à Mirebeau. Au fond, aussi fatigants furent-ils, je suis assez satisfait de ces quinze jours parisiens.

http://www.enquete-debat.fr/archives/nicolas-dupont-aignan-si-jetais-president-je-gouvernerais-par-referendums

 

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Dimanche 26 juin deux mil onze. - Train Paris-Châtellerault. Vieille manie d'écrire dans le train; j'ai mollement plongé dans l'amoncellement de notes prises ces dernières semaines à la va-vite, mais il n'y a rien à faire : il faudrait écrire sur le champ, faute de quoi l'émotion, ou l'idée, ou le fait brut que je veux coucher sur le papier se brouille ou s'envole, et, si je comprends encore le sens de ce que j'ai griffonné, il perd tant de sa force que j'ai toutes les peines des mots pour redonner un peu de vie aux feuilles desséchées. Le journal, il faut l'écrire tout de suite, ne lui donner que des choses fraîches et laisser tomber le réchauffé -d'ailleurs, il a cent soixante pages depuis le 1er janvier (ce qui est trop, presque un livre), point n'est besoin d'en faire davantage; dans toute récolte, il faut que des fruits se perdent …

Regardant par la fenêtre du train l'été calmement allongé sur la Beauce, je songe plutôt à la soirée d'hier à Montretout, charmante et sans surprise; si surprise il y eut, ce fut la découverte de Saint-Cloud, ville où je crois n'être jamais allé, et dont j'admire les ruelles, les étagements et les vues sur Paris; et la découverte de la fameuse résidence des le Pen à Montretout, dans un quartier fort coquet -et calme, bénédiction impossible à trouver en ville, où le bruit ne cesse nulle part. Les trois ou quatre cent convives sont principalement des amis de la famille, ou des collaborateurs de Marine que je ne connais pas tous, mais qui font tous bon accueil aux amis du RIF, eux aussi présents en bon nombre. Le père comme sa fille sont accueillants, l'ambiance est bon enfant, "simple et de bon goût" comme l'aurait dit mon père.  Plaisir supplémentaire, C. et moi redescendons à pied vers la Seine dans la tiédeur du soir et marchons longuement jusqu'à la porte de Saint Cloud.

Au réveil, ce matin, lu à toute allure, tant il m'a plu, le petit roman qu'Oskar Freysinger m'a donné l'autre jour, "Le nez dans le soleil"; il s'agit, m'a-t-il dit, de son premier roman, où il décrit curieusement la vie d'un vieil homme dont la figure a dominé son enfance en son Valais natal, et qui était doté d'une prodigieuse "main verte" : le père Vital est capable de tout faire pousser, il sait faire revivre les friches les plus déshéritées, redonner de la vie à ce que l'on croit mort. La parabole est filée sans apprêt superflu, droite et simple, éclairée de formules en raies de soleil  ("On n'avait plus besoin de courir après la vie, c'est elle qui venait à nous"), forte comme l'évidence perdue "qu"il suffit d'un filet d'eau, de trois kilomètres de sentier, de quelques parcelles de vigne et d'un vieux bonhomme pour faire un monde" -et, bien entendu d'une parfaite portée politique, pas nécessairement progressiste. Unité que forment le robuste Oskar, personnage aussi marqué de Mars que de Vénus, la cause qu'il épouse pour défendre l'originalité de son coin de terre et le faire prospérer dans la fidélité à ce qu'il fut toujours, et son roman, sorte de fable écologique et nationale qui me fait penser tout du long que nous devrions lier bien davantage que nous le faisons ces deux formes, nationale et écologique, de la défense de soi. 

Je me demande pourquoi ce ne sont pas nous, les essentialistes, qui serions les vrais  écologistes du temps, la force d'opposition au monde existentialiste qui transforme tout, et les hommes, en matière plastique.  Pensé de nouveau, refermant le merveilleux petit livre d'Oskar, à la phrase solaire du général de Gaulle, "Depuis qu'elle parut sur la terre, la vie mène un combat qu'elle n'a jamais perdu".

Publié dans Extraits du journal

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