Samedi 26 février deux mil onze. Un souvenir sur une équipe de France 2 "en visite" au Prieuré.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Mes charmants voisins, venus dîner hier au soir (comme est belle notre grande salle à manger de pierre, peu meublée, ouverte sur les jardins où l'on devine bruire la nuit, et doucement éclairée par la cheminée et les bougies…), m'ont demandé si France 2, car ils se souvenaient aussi de la chaîne, avait finalement diffusé le petit reportage sur "le nègre de Mirebeau" qu'une équipe était venue filmer l'an dernier -le nègre, c'était moi, qui préfère le titre de "plume", telle que la mienne fut mise au service de plusieurs hommes politiques dans les années 80 et 90, le seul "métier" que j'aie jamais exercé tant soit peu continûment, et qui était le sujet du reportage.

En fait  d'équipe, ce fut une équipée, car il neigeait ce jour-là, en sorte que rien ne s'est passé comme prévu. Je me souviens qu'une jeune journaliste, fort aimable, me téléphona un jour pour une émission présentée et/ou produite par un certain Dehousse (ou Delahousse), dont elle me dit qu'elle était diffusée le samedi après le journal de "13heures". Elle précisa qu'elle serait accompagnée de deux techniciens, un "son", un "image", et que tout ce petit monde arriverait par la route -du moins, sur mes conseils, iraient-ils par le train jusqu'à Tours, où ils loueraient une voiture- précisant qu'ils arriveraient à dix heures le matin afin de pouvoir repartir avant 13 heures et se trouver de retour à Paris dans l'après midi. Fort bien. Le jour venu, je m'apprête -et apprête aussi la maison, puisqu'on voudrait me filmer dans mon cadre. Cependant, peu avant dix heures, coup de fil : l'aimable journaliste me prévient d'un petit retard, dû à la neige -et de fait il se met à neiger sérieusement. On arrive donc à près de midi, et encore non sans force téléphonages préalables (relativement à la route, au retard, au moyen de se garer près de la maison, attendu que l'on a beaucoup de matériel, etc…), suivi, à l'arrivée par un petit couac, un enneigement de la grosse voiture de  location devant ma porte nécessite un petit coup de main de mon voisin rentrant chez lui. Une fois déballé ledit matériel, et la voiture mise en lieu plus sûr, on visite la maison, on la trouve très jolie, au point d'en faire plusieurs prises de vue (le cadre, toujours) , et de même le jardin, si charmant sous la neige -certes, il l'était. Et si on demandait au susdit voisin l'autorisation de filmer depuis chez lui, de haut, le jardin sous la neige et la douillette chaumière aux cheminées fumantes ? Escapade chez les voisins, donc, pendant laquelle, tandis qu'on filme depuis leurs étages, je m'emploie à relancer les feux dans mes trois cheminées…

Mais voilà que, ces préalables accomplis, il est plus d'une heure; la courtoisie veut bien sûr que je propose à mes hôtes de passer au "casse croûte", lequel se révèle un peu mince, au vu des nouvelles circonstances -car on a pulvérisé les horaires au point de prendre résolument le parti de prendre désormais tout son temps. Je rallonge donc le bon vieux charcuteries-fromages-salades, sur lequel on se rue (et de même le vin, en sorte que j'ouvre une autre bouteille) et un grand plat de spaghetti. Tout cela avec les moyens du bord mais de bon cœur, d'autant que la conversation n'est pas sans intérêt -bien qu'elle s'éternise un peu. A près de 15h, me voyant du coup, moi, un peu pressé (je n'ai toujours rien fait de la journée), j'accélère le mouvement; il faut encore de multiples discussions sur les lieux les plus appropriés au tournage (bureau, mais aussi bibliothèque, cheminée, etc., car il s'agit de jouer au sage retiré dans sa profonde campagne), avant que nous tournions enfin. La chose n'est pas simple: il faut raconter sa vie de nègre mais en séquences courtes, répondre simultanément à des questions insistantes sur les personnalités pour lesquelles j'ai écrit de véritables livres (secret impossible à divulguer, de toutes façons), et celles pour lesquelles j'ai écrit des discours, et que je n'ai pas cette fois à cacher. On commence, on arrête, on recommence, on change de place, finalement il est plus de seize heures quant tout ce petit monde  se décide à remballer. On se quitte dans les effusions : très intéressant, vraiment. Oui, mais quand j'ai fini de tout ranger, de faire la vaisselle, d'enlever le maquillage moyennant un grand bain réparateur, la nuit est tombée, il est près de six heures et la journée est aux trois quarts fichue…

Inutile de dire que je n'ai eu, ensuite, aucune nouvelle; tout de même que la jeune journaliste toujours aussi aimable m'appela un soir pour me signaler que la diffusion ne se ferait pas au jour qu'elle m'avait un peu imprudemment annoncé, qu'il était possible qu'elle soit reportée à la semaine suivante; regardez au cas où, mais on ne peut avoir aucune certitude, tout dépend de la rédaction etc… Puis plus rien, bien entendu -ce à quoi je suis habitué, car la chose s'étant déjà produite, et si je sais que je suis un bon client pour de jeunes journalistes encore un peu naïfs (en général, ceux qui me sollicitent sont jeunes et, semble-t-il, plutôt bien disposés, idéologiquement parlant -ou du moins, s'ils ne disent pas grand chose de leurs propres sentiments, m'écoutent-ils avec bienveillance), je sais aussi que les rédactions, une fois le reportage tourné, et sans doute monté, font fréquemment barrage : assez de ce réac. !  Souverainiste,  nationaliste, populiste, dans un prieuré encore (on prit plaisir à filmer mes croix), c'est vraiment trop. L'an dernier, le très brave Taddéï, piqué par l'on ne sait quelle mouche, m'invita quatre fois en six mois sur le plateau du bien nommé "Ce soir ou jamais"; puis, plus rien, et l'on ne peut douter  qu'il se soit fait rappeler à l'Ordre. Mes bons voisins ne comprennent pas, s'étonnent, et s'indignent. Moi, plus guère : je m'estime même assez heureux pour vivre presque libre (manque la liberté d'expression, certes, la vraie) dans une confortable demeure et non point exilé, fer aux pieds, dans un lointain goulag…

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article