Mercredi 9 décembre ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Beaucoup (trop) de temps au téléphone pour organiser les émissions de la semaine prochaine - deux enregistrées, une en direct - alors que j’aimerais tant n’être distrait par rie et ne penser qu’aux écritures… Il me semble que l’on ne pourrait plus rien faire sans téléphone, quelquefois, et que ce serait beaucoup mieux ainsi…

Je croyais pouvoir donner aux deux émissions enregistrées, qui seront diffusées pendant « les fêtes » (la première l’avant-veille et le jour de Noël, la seconde l’avant- veille et le jour du Premier de l’an) un tour léger : nous parlerons de chanson française et d’opéra, d’opéra-bouffe, et d’opérette, avec le baryton Gabriel Bacquier et le compositeur Jacques Ledru, de danse aussi, notamment du si joyeux Be-bop avec son créateur, Jano Merry – car, précise-t-il, c’est une invention française, exportée et commercialisée ensuite aux Etats-Unis, d’ailleurs sous un autre nom.  Mais voilà, ce « Paris s’amuse », du nom donné à l’une des dernières revues de Mistinguett, s’amusait beaucoup dans les années 50 et 60, un peu moins dans les années 70 et  80, et il semble bien que le feu d‘artifice de chansons, de danses, de caves, de boites et de cabarets, de music-hall, de salles de spectacles, Mogador, l’Alhambra, le Caveau de la Huchette et le Tabou, Patachou, Gréco, le Balajo, Luis Mariano et Georges Guétary, Marcel Merkes et Paulette Merval, Chatelet, Opéra comique, Claude Luter et son orchestre… pour ne citer que des noms qui me viennent à l’esprit dans des genres les plus différents, ce feu d’artifice qui illuminait la nuit de Paris depuis la Libération, relayant ce Paris que le monde a si longtemps regardé avec émerveillement comme des enfants au pied du sapin s’est, en trente ans, peu à peu évanoui .

Quel que soit le genre, même chanson : les uns et les autres se désolent de n’avoir point de successeurs, ou que leurs successeurs soient en bute aux pires difficultés, y compris l’Opéra français, et délaissés du public - en presque tout domaine au profit de productions ou de vedettes étrangères. Et, de fait, Paris ne s’amuse plus - les rues sont souvent désertes le soir, après minuit, dans des quartiers que j’ai connus bien plus vivants il y a trente ans, quand je suis arrivé de ma province. « Les gens ne sortent plus » se lamentait un jour un de mes chauffeurs de taxi, la nuit est morte ! Et c’est la nuit qui faisait Paris… ». L’adorable Benoît Duteurtre, et l’infatigable Jean-François Kahn, qui l’un et l’autre m’ont promis soit de venir en studio, soit de nous accorder un moment par téléphone, font le même constat : ils sont intarissables sur les causes et les effets - Khan fait remarquer que les Français qui chantent encore, dans les karaokés par exemple, chantent les airs et les chansons de ces années bénies qui se laissent peu à peu recouvrir par des musiques et des rythmes fort différents, impossibles à « mémoriser » ; tout  s’arrête, « faute de mélodie, dit-il ; depuis, on ne retient plus rien ». Et comme on ne chante plus, on ne sort plus, on ne s’amuse plus… Il est bien vrai que la génération d’homo festivus, qui a pris la manie de la « teuf »  non stop, est, après avoir tourné le dos à cet héritage plus que séculaire, d’une pauvreté d’inspiration, et d’une tristesse à pleurer : figure supplémentaire de la décadence, bien entendu. Du coup, j’ai hâte de voir ce que vont donner les émissions que j’enregistre avec les uns et les autres la semaine prochaine, avec l’aide de Marie-Joséphine et de Jean Christophe d’A. , mon pilote dans ce monde enchanteur et désenchanté. On improvisera…

Publié dans Extraits du journal

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