Mercredi 3 novembre 2010; que nous sommes les véritables libéraux; que la limitation des compétences d'un Etat est la condition de son autorité.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Voilà bien le 17 ou 18ème projet de livre qu’il me faudrait écrire : il recenserait les glissements de sens que subissent à peu près tous les mots-clés du vocabulaire politique : démocratie bien sûr mais aussi république, mots-clés engloutis dans l’à peu près et souvent le contre sens mais aussi nation, internationalisme, souveraineté, légitimité, droite et gauche, libéralisme, etc.

 

Au sujet de libéralisme, le glissement de sens est tel que je n’ose même plus prendre sa défense, tant les équivoques et les contresens le submergent : comme le rappelle si bien Lucien Jeaume dans son merveilleux essai sur « les origines philosophiques du libéralisme », celui-ci est d’abord une conception de l’Etat et même de l’autorité de l’Etat et l’on pourrait dire sans forcer, qu'il est une pensée de la souveraineté. Le libéralisme est ce mouvement de pensée qui distingue le domaine public et le domaine privé, le gouvernement et les gouvernés, les compétences de l’Etat et l’ensemble des activités humaines qui ne relèvent pas de son ressort, la nation et la civilisation telles qu’elles sont et telles quelles doivent vivre leur vie, distinction qui a pour objet ultime de distinguer un domaine propre du politique, de le sauver de la noyade, ce qui est bien la condition première de toute souveraineté. L’un des effets de cette distinction est justement de permettre, en les désignant clairement les domaines de la compétence de l'Etat. Nul besoin pour cela de limiter les compétences étatiques aux missions régaliennes, tout Etat moderne se devant d’intervenir dans les affaires économiques et culturelles – je dis moderne mais l’Etat de Charles V, notamment dans les affaires culturelles avec Nicolas Oresmes, celui de Charles VII ou Louis XI intervenant dans les affaires économiques, d'Henri IV et Sully, de Louis XIII et Mazarin, de Louis XIV et Colbert n’ont pas attendu l’époque du dirigisme pour allier l’interventionnisme à une conception délimitée de l’action, et des moyens de l’Etat.

 

Non seulement la souveraineté et le libéralisme sont compatibles mais ils se complètent et s’appellent l’un l’autre ; imputer aux souverainistes un interventionnisme sans borne c’est oublier qu’un Etat qui se charge de tout finit par ne plus avoir d’autorité et perd donc le ressort même de la souveraineté. Nombreux développements à faire sur ce sujet, mais ce serait tout un livre…

 

Publié dans Extraits du journal

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