Mercredi 25 novembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

On apprenait ce matin qu’une classe de je sais quel collège de Paris s’est mise en grève pour protester contre son professeur d’anglais, brave dame qui avait interdit l’usage de téléphones portables pendant les cours ; de là, moult péripéties : les professeurs se mettent en grève à leur tour, en signe de solidarité avec leur collègue ; des enseignants se plaignent des élèves (à juste titre, mais à qui la faute, ils les ont fait rois), et l’une d’elle stigmatise « la poignée de caïds qui veulent faire la loi »…) ; les fameux élèves demandent à être écoutés et invoquent le dialogue ; le rectorat appelé en arbitrage (sic ! ), envoie un inspecteur d’académie, qui vient « parler à la classe », etc. Personne pour opposer à ce pia-pia une rationalité extérieure, rappeler que tout lycée est un lieu d’enseignement et de connaissance mais nullement d’échanges téléphoniques, que les portables devraient conséquemment être interdits dès la porte et les impénitents renvoyés  - au risque d’envoyer pas mal de drogués du téléphonage sur le carreau, mais je me demande si, en une époque où la libido scienza, la passion d’apprendre se trouve si dévaluée, l’école obligatoire correspond encore à quelque chose… (D‘ailleurs il n’est que de voir, dans la folie de l’opération « grippe AHAN1 », avec quel empressement nos gouvernants ferment les collèges où quelques cas sont avérés, et s’en glorifient (deux cent établissements fermés en France, quelle maîtrise !), pour mesurer le peu de cas que fait la France officielle  des valeurs de la connaissance, de la passion de savoir, corrélativement de l’enseignement et de ses disciplines, du nécessaire isolement qu’il suppose, tous mots qui vont bientôt passer pour suspects, ou exotiques, quand l’idée même de Connaissance, au sens de la passion de l’honnête homme qui fut longtemps notre modèle, la connaissance pure et gratuite, déserte lentement les esprits ?

De même, j’entendais l’autre jour la très sombre histoire  d’une femme que son mari a incendiée : il a jeté sur elle un bidon d’essence, puis mis le feu. Comment pourrait être possible en France une telle barbarie, bien pire que celles supposées du Moyen Age ? Mais le crime eut lieu vendredi, et l’on apprenait hier soir qu’une manifestation était organisée hier sur les lieux, qualifiés de « quartier sensible », par différentes associations de banlieue, dont la célébre « Ni putes Ni soumises » ; que victime et bourreau étaient asiatiques (indiens, je crois bien), que cette affaire était emblématique des nombreuses violences conjugales commises dans lesdits « quartiers sensibles », si horrible cependant que cette fois, précisait une riveraine, présentée, elle, comme tamoule, « tout le monde était indigné, même les hommes », cette dernière précision faisant ressurgir une évidence du comportement machiste, un monde où les hommes étaient propriétaires des femmes, qui ne fut jamais le notre. Une fois encore, point d’extérieur : on s’empatouille dans le sujet, le ministre de l’intérieur lance un service de téléphones portables (encore !) spéciaux pour femmes battues - ils sont munis d’un bouton par lequel les victimes peuvent appeler la police qui intervient d’urgence, etc… Mais il ne se trouve personne pour poser l’évidente question : que font ces gens sur notre territoire ?  Et il s’en trouvera de moins en moins, bien entendu, pour la raison simple que la notion dite « notre territoire » est, elle aussi, en voie de disparition lente…

A quoi bon écrire tout cela, d’ailleurs ? Je sais depuis lurette que, aux nombreux maux qui accablent notre petite société et dont elle s’afflige bruyamment, elle n’a absolument plus les remèdes, les clefs, pas même les mots qui permettraient de redresser le bien public. Quand manquent, à tant de maux, les mots qui seuls peuvent les réparer, il n’y a plus qu’à contempler le désastre…

Publié dans Extraits du journal

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