Mercredi 2 juin.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Merkvürdig ! Est arrivé ce matin un premier exemplaire de ma "lettre ouverte à Régis Debray" sur De gaulle, et le 18 juin. Entre le jour où je l'ai entreprise et sa publication, six semaines seulement, c'est un tour de force, surtout pour l'amicale maison Xénia, qui a accepté de la publier au débotté, et en urgence -comme, d 'ailleurs, je l'ai écrite. Grace à cette précipitation, j'aurai réussi à écrire un livre court, selon le goût d'aujourd'hui, que pour une fois j'approuve -mais c'est écrit petit, et l'édition, en 94 pages, est assez dense… Quoi qu'il en soit, c'est une sorte de prouesse : ce qui n'était d'abord qu'une lettre privée, commencée sur un coup de colère après avoir lu la catastrophique et incompréhensible préface que ledit Debray, si respectable personnage pourtant, a donné le mois dernier à la réédition de quelques "Grands discours de guerre" du Général, et dont j'ai décidé, chemin faisant, de faire une "lettre ouverte" aura jailli comme l'éclair –elle sera en librairie dans quinze jours.

Certes, les imperfections sont nombreuses, de mon fait surtout, ne serait-ce que par l'effet de ma détestable détestation de relire, exercice qui se traduit toujours pour moi par la réécriture d'une phrase sur deux, en sorte que je n'en sors jamais; le problème est qu'il ne s'est pas trouvé grand monde, apparemment, pour relire à ma place, en sorte que fautes, coquilles et obscurités foisonnent. De même, plutôt que "De Gaulle, Espérer contre tout", j'eusse préféré pour titre "Eté 1940 : Espérer contre tout", car c'est bien de cette saison brûlante, où la France pouvait sortir de l'Histoire, que j'ai entendu traiter, contre Debray qui s'employa à faire croire (je ne parviens pas à  qu'il l'ai réellement pensé) que le 18 Juin ne fut qu'un maquillage génial mais vain, et que la France est bel est bien sortie, en beauté grâce à la mise en scène de Londres, mais pour toujours, du cercle des nations qui font l'Histoire. Erreur de titre donc (car le sujet dépasse de Gaulle de beaucoup), s'ajoutant à bien d'autres que je trouve en relisant. Mais j'aime l'allant de cette lettre écrite à la diable, et je suis heureux d'avoir dit ce que je crois être l'essentiel du drame de 40 : que nul n'est prisonnier de la réalité, et que la vérité est hors d'atteinte des remugles de l'Histoire (la vérité : je veux dire l'éternité de l'Idée et du peuple qui l'incarne, contre ses oligarchies), quand bien même la réalité la plus noire la cache aux yeux des incroyants…   Le prête de V. à qui j'ai fait lire le manuscrit, m'a dit au téléphone que c'est un "geste de Chrétien"; de croyant, en tous les cas. Il accepte d'en faire un compte rendu, ce qui me plait fort, car c'est bien là l'angle d'attaque du livre : ce que peut dans l'Histoire la Foi, l'Espérance et la Charité, que M. Debray et tant d'autres ont oubliées…

Grande joie, ne serait que par la certitude qu'il va se dire, et il se dit déjà, tant de sottises sur le 18 juin, anniversaire que de Gaulle était d'ailleurs réticent à commémorer et qui en effet ne se comprend pas sans toute le reste de sa vie, de son oeuvre, de sa conception du monde, que je ne suis pas mécontent de mettre sur cette table ce que je crois l'essentiel. A travers les heurs et les malheurs, aussi graves que ceux que nous connaissons de nouveau aujourd'hui, il y a une Histoire derrière l'histoire -et que Histoire de France n'en finit jamais…

Publié dans Extraits du journal

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