Mercredi 2 décembre ; Mirebeau

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Le temps est ces jours-ci à ce point sombre et gris qu’on croirait vivre dans une sorte de nuit perpétuelle ; ce n’est que vers soir, ou plutôt la fin de l’après-midi, que les lampes allumées l’une après l’autre dans les pièces, et le feu dans la cheminée de la bibliothèque raniment de lumières, de chaleur et de quelques couleurs douces la maison qui sombrait solitaire dans la brume. J’ai ce soir suivi, fait rare tant sont inconfortables les retransmissions par internet, l’émission que nous avons enregistrée l’autre jour sur Courtoisie, et que j’avais sans plus de détours intitulée « Sortir de l’Union Européenne ». Outre l’excellent Xavier Walter, étaient invités, soit en studio, soit par téléphone, plusieurs membres du comité directeur du RIF, et les responsables de nos fédérations du  Sud-Ouest, du Sud-Est et de l’Ile de France. Tous sont d’accord : après l’entrée en vigueur, hier, de la Constitution européenne révisée Lisbonne, il n’y a plus aucun moyen de réformer l’entreprise de « l’intérieur » ; il ne reste qu’à en sortir – en libérer la France.

Jamais, soit dit en passant, fut plus justifié le nom même de notre parti, Rassemblement pour l’Indépendance de la France. Car c’est bien désormais l’indépendance de la nation entière qui est en jeu, et dont dépend la Souveraineté de l’Etat – Faudrait-il nous appeler le R.I.F.S.E. ?

Sortir de l’Union européenne, les arguments ne manquent pas : la machine est d’autant plus illégitime que la preuve est désormais faite et refaite que les peuples n’ont plus sur elle aucune prise, la négation de plusieurs NON prouvant qu’elle n’accepte aucune contestation, qu’elle est une force sans prise, que rien n’entre en elle qui ne ressort pas à sa logique principale, le dessaisissement des Etats et des volontés populaires. J’écris « la machine », car il semble bien que plus aucune rationalité n’y préside, mise à part sans doute celle de l’Allemagne, qui, après que la Chancelière (ou le Chancelier, comme Marie-France Garaud m’a demandé l’autre jour de dire), a relancé en 2007 le processus interrompu par les Français le 29 mai 2005, a finalement obtenu ce qu’elle voulait, l’abaissement des grands Etats, l’évaporation de toute politique qu’elle ne contrôlerait pas, et qui n’a plus qu’à fermer le ban : la nébuleuse d’Etats faibles ou démembrés dont elle est le centre, n’est-elle pas encore assez à sa main – et celles des oligarchies atlantiques qui font son jeu depuis les années 20, qu’elle sert et qui la servent ? 

De ce piège, la France n’a plus qu’à sortir, ne serait-ce que pour se retrouver face à elle-même, je veux dire face à la responsabilité d’elle-même : que ce qui arrive à la France et aux Français soit le fait d’eux-mêmes, dirigeants comme électeurs, que les dilutions d’appartenance au profit d’une myriade de communautés soigneusement entretenues par le Système, et d’institutions supranationales qui font littéralement notre siège, à Bruxelles, à Luxembourg, à Strasbourg, à Francfort, mais aussi, pour les tribunaux internationaux à La Haye ( des terres d’Empire, je m’en avise tout à coup en les énumérant), mais encore à Genève pour l’OMC, et à Washington pour l’OTAN, cette situation ne peut pas ne pas nous renvoyer à nous mêmes, par la meilleure voie de l’appartenance, à mon sens plus sûre que l’identité, la responsabilité (mot à mon sens plus sûr que celui de l’identité), voilà notre combat, notre grand combat. Comme il est à présent mis au clair : indépendance, souveraineté et responsabilité, nationales et populaires.

Quiconque croit en la liberté des nations comme « mode d’unification pacifique du monde », ainsi que le dit si bien Paul Thibaud, ne peut pas ne pas en arriver tôt ou tard à notre conclusion – tout le reste, y compris les prétendues « réformes de l’UE », revient à aménager la forme impériale. Comment nommer différemment en effet, depuis qu’est niée la démocratie la plus élémentaire, ce condominium germano-américain qui règne au dessus des peuples sous le couvert du mot Occident, mot piège s’il en est, et d’une unité du monde libre qui n’a plus pour contenu que la primauté du commerce sur toutes les activités humaines – corrélativement celle d‘un sabir anglo-américain dont la domination relègue peu à peu nos civilisations aux oubliettes, chez les plus jeunes  notamment. Former un homme nouveau, répètent-ils pour tenter d’habiller noblement l’éradication de toutes nos racines, ou plutôt de toutes nos sources, notamment les chrétiennes – et les républicaines, qui naquirent d’elles ? L’idée d’un Nouvel Homme signe d’ailleurs l’entreprise : chaque Empire a tour à tour voulu créer un « homme nouveau » ; mais quels dieux se croient-ils ?

Deux de mes invités ont avancé un argument que, je l’avoue, j’avais jusqu’à présent délibérément négligé : le traité entré hier en application prévoit lui-même le droit de sécession  : à compter d’aujourd’hui en effet, un Etat membre se voit reconnaître officiellement le droit de quitter l’Union européenne, ceci en vertu de l’article 49-A du traité de Lisbonne, dont je recopie les deux premiers alinéas :
1. Tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
2. L’Etat membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. A la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet Etat un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 188N , paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
Cet article, j’avoue en avoir jusqu’à présent fait peu de cas, principalement parce qu’il m’a de prime abord paru un peu trop juridique et légaliste, en une matière où seul doit compter le droit des Etats. Du moins donne-t-il une base légale à notre « indépendantisme » : de quoi rassurer ceux que la liberté politique inquiète encore…
(Etonnante providence : tandis que j’entreprenais ce journal, Nicolas Dupont Aignan m’appelle ; il souhaite me voir ; nous prenons rendez-vous, une nouvelle fois ; puissè-je le convaincre ! Puissions-nous nous rassembler, nous autres patriotes, sur cet objectif si clair et net : rendre à la France son indépendance, politique, morale, et spirituelle !).`

Note de l'administrateur du site de Paul-Marie Coûteaux : l’émission de Radio-Courtoisie mentionnée ici sera rediffusée ce vendredi 4 décembre à 21h30 –Rappelons que le Libre journal de Paul-Marie Coûteaux est diffusé chaque mercredi et vendredi à 21h30 sur Radio Courtoisie - 98,5 mhz.

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article