Mardi 5 octobre. - Philippe de Villiers, suite et fin. Leçons à tirer.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

La troisième erreur, en effet la pire, fut de brouiller définitivement les lignes théoriques les plus simples : après un long silence qui dura plus d'un an, Villiers nous revint, fin 2008, plus brouillon que jamais : silencieux, ou quasi,  pendant que se déroulaient les étapes de la supercherie de Lisbonne, il donna l'impression d'y consentir, ne se déchaînant qu'à Strasbourg -c'est ainsi que nous écopâmes ensemble d'une belle amende pour "obstruction parlementaire". Je fus dérouté quand, en 2008, il refusa de s'associer à une manifestation de rue contre le funeste traité que j'organisais avec le RIF -demandant même à ses proches de n'y pas participer… Les roublardises présidentielles se multipliaient, et lui semblaient indifférentes : par la Vendée, on était rallié à tous les abandons, on gobait tout, on avait perdu le nord. Lassitude, repli sur les soucis privés, contre-coup de la déception électorale de 2007, Philippe ne sortit de son silence que pour rien dire. Dans nos conversations, les questions tant soit peu politiques et théoriques ne l'intéressaient plus -il paraissait notamment indifférent à ce que nous publions, aux Cahiers de l'Indépendance comme à la Lettre du MPF; nous ne parlions plus que de Jeanne d'Arc et de Corneille; quelquefois aussi de M. Sarkozy, qui le fascinait -et qui, comme un montreur de serpent, le faisait peu à peu entrer dans sa boîte. C'est dans ce contexte que s'explique l'aveuglement avec lequel tout ce petit monde plongea dans le piège intitulé Libertas, tendu par un deus ex machina,  Declan Ganley, homme d'affaires irlando-américain, fédéraliste européen doté de puissants soutiens -piège que je mis moi-même plusieurs mois à comprendre, mais devant lequel je tirai plusieurs fois la sonnette d'alarme en vain, et au prix de fâcheries sans cesse plus violentes : le résultat fut le coup de grâce : 4,4%, soit trois points de moins qu'en 2004 (en Ile-de-France, la tête de liste, un aventurier sans aventure et sans boussole, n'obtint même pas le moitié des suffrages que j'avais obtenu cinq ans plus tôt). Philippe était dans la nasse, et ce qui s'est passé jeudi dernier n'en est que la conséquence, point inattendue.

 

Il a l'élégance et la noblesse de trancher le nœud et de se retirer. Grâce à quoi, il n'est peut-être pas mort : son avenir, à l'échelle nationale, peut s'apercevoir dans le cadre beaucoup plus large de la recomposition de la droite nationale, ou pour mieux dire cette "union des patriotes" dont j'esquisse dans un papier à paraître cette semaine dans Valeurs Actuelles la possible réalisation au cours de la séquence électorale de 2012 -entre les deux tours, peut-être, et plus probablement lors des législatives de juin, où nombre de députés, ceux du mouvement de la "Droite populaire" la préféreront au cavalier seul -ne serait-ce que pour garder leur siège. Cet avenir-là dépasse de beaucoup le cadre de la Vendée, mais aussi du MPF, du RIF, de DLR, de cette nébuleuse dite "gaullo-souverainiste" qui n'a plus guère qu'un rôle de pont…

Publié dans Extraits du journal

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