Mardi 29 décembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Au prieuré, travail calme avec B., en musique. De Gaulle avance à si petits pas qu’il ne sera pas prêt à temps, une fois encore. Mais je connais à présent la raison de sa lenteur, si épuisante qu’elle gâche mes jours, depuis deux mois. Il y a certes que, après dix ans d’agitations et d’initiatives d’autant plus fatigantes qu’elles ne furent guère relayées, ni couronnées de succès, mon retombement de force s’est révélé plus accablant que je ne le pensais.

Mais la vérité, la profonde vérité est autre. J’ai fini par la découvrir peu à peu, et, même, j’ai fini par la formuler très clairement pour moi-même, l’autre jour, revenant en voiture de Bordeaux tandis que, conduit plus que conduisant sur cette nationale 10 que je connais par cœur, je roulais mille réflexions sur ce qu’avait été cette année, si sombre dans l’ordre politique : la vérité est que je ne peux, que personne ne peut continuer à parler de gaullisme (ni de souverainisme, que je crois être sa métamorphose naturelle), ni même de patriotisme, sans les confronter à de toutes nouvelles interrogations, du moins à de vieilles questions humaines qui ont aujourd’hui d’autres visages, d’autres mots, d’autres échelles –qui ont les visages du XXIème siècle, les mots de nos générations, et les échelles de la planète entière. Qu’est ce que de Gaulle, qu’est ce que la France, qu’est ce que la« Certaine Idée » ont à dire face aux manipulations génétiques, à la prolifération d’armes chimiques ou bactériologiques ou des OGM, à l’épuisement de la terre ? Qu’ont-ils à dire face aux progrès de la laideur, à l’uniformisation des civilisations, aux radicalisations intégristes, à l’impuissance politique, qu’ont-ils à dire face au tout-marché dans lequel la « civilisation atlantique » et ce que nous appelons à tort la « mondialisation » nous a peu à peu noyés, submergent jusqu’à l’humanité de l’homme ? En somme qu’avons-nous à dire à nos concitoyens d’aujourd’hui, aux jeunes Français d’aujourd’hui, au monde d’aujourd’hui ?

A tous ceux qui sont attachés à la patrie, il incombe de repenser à nouveaux frais nos héritages, consentir à leur métamorphose, oser finalement la transformation d’eux-mêmes –sous peine de disparaître. Pour être concret : aussi longtemps que nous ne répondrons pas aux questions à la fois anciennes et neuves qui sont entrées aujourd’hui dans les têtes en des termes entièrement nouveaux, nos électeurs resteront chez eux, ce qu’ils ont d’ailleurs commencé à faire. Aussi longtemps que l’immense majorité de nos contemporains pensera que, malgré les évolutions du monde, nous persistons à ressasser le vieil évangile da souveraineté, du gaullisme, de la « Certaine Idée », dont ils savent bien qu’ils n’ont plus prise sur grand chose, nous nous condamnons à des tâtonnements théoriques et verbaux, à des rages, des désespoirs et des dérives sans fin, et conséquemment, dans l’ordre politique aux divisions, et finalement à des scores dérisoires. En juin dernier nous n’avons réuni que la moitié des voix de 2004 -et déjà, en 2004 n’avons-nous pas même atteint la moitié des voix que nous réunissions il y a dix ans…

Or, j’aperçois bien une piste -qui poursuivrait celle, beaucoup trop théorique sans doute, et par là sans guère de succès ou d’effet, qu’a dégagée mon de Gaulle philosophe I, à partir de Platon, d’une lecture essentialiste de l’univers, de la conscience d’une « nature des choses ». Il me semble qu’il faut partir de la « Certaine Idée de la France », de son incomplétude foncière, et du contenu formidable que pourrait lui redonner, je crois, le nouveau siècle. Tel est mon travail : à suivre.

Publié dans Extraits du journal

Commenter cet article