Mardi 23 novembre 2010. Sur le fait de tenir régulièrement ou pas ce for intérieur; sur le terriblement moderne suffixe com.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

   Train Paris-Chatellerault; pas fâché de rentrer à la maison, que je devine froide, solitaire, délicieuse. Trois semaines de paix

    A propos de paix : un lecteur de ce blogue (qui n'est pas pour rien nommé  for interieur, le for intérieur étant la seule citadelle qui échappe à la furie, au rythme furieux de la communication contemporaine),  me fait remarquer que je ne l'ai pas tellement tenu à jour, ces derniers temps. Dix jours sans rien, en effet. Il met cela en relation avec le fait que je ne figure pas, non plus, sur facebook, ce qu'il juge étrange -à part une mystérieuse page, dite "de mes amis" dont, malgré une enquête autour de moi, j'ignore qui a bien pu l'ouvrir, et qui peut bien la tenir à jour. Même reproche d'un autre, qui fait également le lien avec une "entrée" récente de ce journal, en octobre je crois, où je stigmatisais le suffixe com, et tout ce qui en découle : commerce, communautarisme, communisme, communication. Il y a certes que je viens de passer dix jours à Paris et que, à Paris, je n'écris pas -justement je communique sans filtre, sans préparation -y compris d'ailleurs ce que j'aurais dû mieux préparer, mon intervention avant hier au congrès de Nicolas Dupont Aignan, qui pourtant m'a offert une bonne tribune (il y avait plus d'un millier de personnes, beau tour de force à mettre à son actif, d'ailleurs); mais il y a surtout que je rechigne de plus en plus à entrer dans le tintamarre de la communication, y compris par ce bloc-notes.

    Marre de ce tintamarre communicationnel, en effet. A notre méfiance du suffixe com, nous ajouterions d'ailleurs un autre terme, devenu lui aussi suspect : l'adjectif commun, qui a presque toujours valeur positive aujourd'hui (louanges de la "loi commune", de la "vie commune", du "ce que nous avons en commun est plus fort que ce qui nous sépare, etc…"), alors que paraîtrait bien préférable le maintien de son sens ancien : une chose commune, est une chose banale, sans grande valeur; sans valeur, justement, en ce qu'elle ne nous différencie pas, qu'elle affadit notre Etre, cette splendeur que l'on voit partout à son couchant, ce grand soleil de l'Etre partout autour de nous à son crépuscule.

Commun, communauté et communautarisme, communisme, commerce, communication, tous ces com sont le maître bruit de l'époque -pour le communisme, sous les espèces de l'égalitarisme et de la "non discrimination" générale… Ce que veut dire ce cum en latin, c'est simplement avec. Ce que je récuse, en somme, c'est l'avec permanent, autrement dit le défaut de solitude, le "sans lien autre que soi", le soi de plain pied avec la création, cette solitude profonde qui est la condition générale de l'être, et manque tant à nos contemporains -bien qu'ils s'imaginent le contraire… En sorte que, de ma défiance pour la grande famille des com, je n'entends  nullement me défaire. Quand Mauriac ou Bernanos (je crois que c'est Mauriac citant Bernanos, à moins, mais j'en doute un peu, que ce ne soit le contraire),  écrivaient que "le monde contemporain est une conspiration permanente contre la vie intérieure", qu'incriminaient-ils, sinon l'absurde invasion de nos vies de l'impératif de communication -invasion au sens de la dévastation.

Halte ! internet, téléphone (le vieux fixe est doublé de sa version "portable" qui se prolonge lui-même de cette "fonction" proliférante qu'est le terrible  sms)  fax, courriers en tous genres, arrêtez le tir ! Heureusement, internet et fixe ne marchent pas en ce moment ici, et je traîne à les faire réparer… grand tort d'ailleurs, car le travail extérieur et notamment la mise au point des Cahiers en est toute compliquée. Me permettrai-je cependant, de-ci de là dix jours de silence, de secret, de solitude, ces trois s qui sont la seule porte envisageable de la Sagesse, dix jours de vie intérieure, sans com ?






Publié dans Extraits du journal

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