Mardi 1er mars; Mirebeau. - Le monde comme banlieue

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Avant hier, avec ma mère et E. sommes allés sous un soleil à peine printanier (mais le fond de l'air, lui, restait nettement hivernal), couper du houx près de Chouppes. Je n'étais pas allé dans le coin depuis six mois ou plus, et fus stupéfait de voir combien progressaient  autour de nos villages, Mirebeau compris, des banlieues - des banlieues de village, nouvelle hideur des temps, proliférant sous la forme habituelle et morne de rangées de petites maisonnettes en parpaings peinturlurés de cette sorte de jaune pâle ou de rosé qui se voit partout, avec garage et petit jardin sec entouré de grillages, ou, encore, de parpaings… Banlieues dont ma mère observe justement qu'elles s'étendent à mesure que se vident les rues du centre -où l'on voit de plus en plus, en effet, accrochés aux vitrines de magasins fermés, aux portes et aux fenêtres de maisons abandonnées, des panneaux "à vendre". Autre figure du "présentisme" contemporain (ou plutôt du présentisme marchand, car la rénovation  ne bénéficie qu'aux artisans locaux, tandis la construction de ces horreurs toutes neuves rapporte, elle, aux grands groupes) qui ne tourne pas seulement le dos au passé, mais tout autant à l'avenir : car nul ne peut douter que ces cahutes peinturlurées ne tiendront pas debout plus de deux ou trois décennies. L'opération ne se justifie que par l'esprit d'économie, lequel coûtera, comme toujours, fort cher à tout le monde -pour commencer à l'œil, au plaisir de la promenade, à l'idée que l'on vit à la campagne et non dans l'universelle banlieue, cet univers de banlieues qui sera bientôt le tout de l'univers…

Publié dans Extraits du journal

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