Lundi 7 décembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Beau temps ; de furtifs rayons éclairent par instants des faisceaux de jardin – rien n’est tendre et cruel comme le soleil ras du dernier automne, et ces jours lentement raccourcis qu’il faut s‘efforcer de saisir avant qu’ils ne retombent d’un coup, comme une beauté entraperçue dans la foule, qui s’évanouit aussitôt. Aussi : désordre de lectures nouvelles, pour m’adapter au « nouveau plan » du satané « de Gaulle philosophe » : notamment le Cratyle, l’un des plus âpres dialogue platonicien à mon avis, mais auquel je m’oblige après la relecture d’un passage du « Sens » de Renaud Camus sur « l’être français », notamment en vue d’éclaircir la position du Général sur l’immigration - question délicate des harkis. Aussi, de fil en aiguille, replonge dans Alain, qui écrit de belles choses sur Platon et sur le Thumos ; bien entendu continuation de l’énorme de Gaulle de Paul-Marie de la Gorce - 1380 pages serrées, trouverai-je jamais éditeur qui accepte ces débordements ?  Bref, en certains moments, je ne sais où donner de la tête – d’autant qu’il me faut aussi rattraper mon énorme retard de courrier (urgences, lettre à Ph. de V.,  à la duchesse de L, vingt autres), préparer les prochaines émissions de Courtoisie, ma conférence de Chatellerault sur « l’Identité de la France »et celle, mardi prochain de Paris, devant un groupe de jeunes de l’Institut de formation politique ; relire les dernières contributions des « Cahiers de l’Indépendance », écrire les miennes, tout cela au milieu d’un  monceau de paperasses administratives qui m’épouvante d’autant que je remets sans cesse le moment de l’attaquer, et qui épaissit de jour en jour… Il faut dire que je charge la barque avec ce journal désormais doublé du journal en ligne : revenons donc à l’identité. 

http://www.ina.fr/video/CAB87031227/plateau-paul-marie-couteaux.fr.html

Chacun voit le volet culturel, sans en disséquer toujours les  composantes : une langue dit-on justement, cette langue française qui, en effet est plus constitutive de notre nation que celle-ci n’est nullement une évidence de la nature, qu’elle est une construction, que depuis les premiers élargissements du petit royaume d’Ile de France, c’est la langue, imposée aux élites de chaque province, qui était chargée de « faire France » selon une expression dont Charles V et son conseiller Nicolas Oresme avaient saisi toute la portée : pour Oresme, la « monarchie universelle », que Dante défendait au nom de ce que nous appellerions aujourd’hui « l’unité de l’Europe », était inacceptable « attendu qu’il serait hors nature qu’un homme règne sur des gens qui n’entendent pas son maternel langage ; mieux vaut un royaume composé, bien fait, qu’un grand ensemble démesuré qui ne se pourrait gouverner que par violence et tyrannie, puisqu’ils n’auraient pas même langage » : c’est illustrer là toute la logique nationale, ou anti-impériale, qui est la matrice même de la France. La langue prend ici une portée politique, elle est un acte d’adhésion qui justifie, en tous les cas explique le purisme qui étonne tant les étrangers : bien dire et bien écrire est un raffinement dans l’adhésion au code que porte la langue, mots, principes et mémoire, une confirmation de chaque jour de l’appartenance à l’Etre français – Lacan s’amusait de ce jeu de mot : l’Être français est dans les Lettres françaises. Le développement de l’imprimerie et de l’écriture allait amplifier le rôle de la langue, sur laquelle François Ier légiféra, la belle parlure devenant une sorte de sacré-laïc si puissant qu’on appela ses gardiens, les Académiciens, les Immortels : c’est la langue ou le néant- Lettre ou le néant, plaisantait Francis Ponge. La langue, ou mieux : le bien-dire, est si constitutif de « l’identité nationale » que ceux qui la conteste s’en prennent d’abord à elle, que ce soit en abolissant vocabulaire, syntaxe et prononciation ou, plus gravement, en recourant à une langue étrangère, qui n’est pas aujourd’hui l’arabe, que l’on sache, mais ce que l’on appelle « l’anglais » par une pudeur qui est un aveu, et qui en réalité l’américain…. A suivre !

Publié dans Extraits du journal

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