Lundi 4 octobre. Sur Villiers, ses grandeurs et erreurs -suite; sur le MPF et ses militants.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

La deuxième erreur de Philippe de Villiers fut aussi grave que la première -bien que d'apparence contraire. En 2007, son très faible score au premier tour de la présidentielle le plaçait à l'évidence en état de faiblesse; soit. Mais, au lieu de maintenir le cap, du moins un cap -soit celui de la souveraineté populaire (dont les manœuvres des oligarques européens pour effacer les non français et néerlandais maintenait toute l'actualité, le posant en premier défenseur de la démocratie), soit celui de l'islamisation qui visait à capter, par une surenchère laïciste qui lui allait assez mal, l'électorat du FN. Au lieu de quoi, on eut droit à un nouveau et très brutal retournement : l'appel, sans condition à voter au second tour pour le candidat Sarkozy. Certes, il y fut poussé par plusieurs caciques vendéens qui ne l'attendirent pas pour se rallier (ce qui prouvait que l'apparente solidité de son implantation était plus équivoque qu'il n'y paraissait; poussé aussi par une partie de son entourage parisien, notamment une catastrophique "conseillère" (de presse, bien sûr…) qui avait plus de "réalisme", comme ils disaient à qui mieux-mieux que de sens politique. Sans doute fut-il aussi impressionné par un très menaçant coup de fil dudit Sarkozy lui promettant de "le débarquer de Vendée", selon ce qu'il m'en dit quelques minutes plus tard en entrant livide dans mon bureau -nous étions à Strasbourg.

 

Mais il y avait plus grave : une large partie du MPF était intellectuellement ralliée au candidat Sarkozy, quelquefois dès le premier tour; la plupart expliquaient qu'il fallait faire barrage à la gauche, et à la candidate Royal, dont il ne dépendait pourtant pas de leur voix qu'elle fût élue ou non; mais beaucoup étaient séduits avec une parfaite naïveté par le baratin de ce politicien dont ils refusaient de voir qu'il annonçait l'exact contraire de la politique qu'il mènerait, ce que son passé, comme ses soutiens nationaux et étrangers le laissait clairement attendre. La facilité avec laquelle les braves militants MPF, personnes toujours fort aimables, mais pas toujours rompues à l'analyse politique, se sont laissés enfumer par les grosses ficelles du candidat, m'a laissé pantois. Les uns m'assuraient que, élu Président, il enverrait promener Bruxelles, d'autres qu'il sauverait la France en supprimant l'ISF -ce qui n'est certes pas une mauvaise mesure, mais ne suffirait guère, et l'on n'en vit pas l'ombre. D'autres encore qu'il "chasserait les Musulmans de France aidé par son ami Bush" -car on tomba beaucoup, dans ces parages dans le piège américain du "choc des civilisations" qui brouille tant nos conceptions de la menace, et de nos intérêts. J'annonçai par un communiqué que je me désolidarisai de ce mouvement qui ne savait plus où il allait ; Philippe s'impatientait quand je lui répétais que, loin d'entrer au gouvernement comme il l'envisageait et le tentait, son ralliement le fragilisait au contraire, et d'abord en Vendée, où ses troupes ne pouvaient que se confondre avec une UMP dont l'appareil, le tenait à sa merci. Ce qui vient de s'avérer.

 

Nos relations se dégradaient, d'autant que je le vis sous mes yeux commettre une troisième erreur, la pire sans doute en ce qu'elle fut idéologique : donc irréversible.

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