Lundi 30 novembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Vent et pluie ; et le froid maintenant : c’est bien que l’hiver approche, et que tout est conforme ; peut-être, si nous nous intéressons à ce point au temps qu’il fait, s’il est le sujet de presque toutes les conversations chez le boucher ou le boulanger, c’est que le temps sort enfin de tout inattendu, qu’il est conforme - conforme aux saisons, comme les saisons sont conformes à l’univers. On vérifie ce rythme comme la perpétuelle confirmation que, malgré tout, le monde est bien toujours monde et que nous y sommes : à ce rythme nous nous laissons aller comme une berceuse.

9h ; France Musique : j’apprends ce matin que les Suisses se sont nettement prononcés en faveur d’une proposition de loi prohibant la construction de minarets. Ah ! c’est un déluge de vindictes contre ces pauvres citoyens suisses, auxquels les fustigeurs reprochent, avec quelle violence,  d’être… haineux ! Fantasmes, peurs, réactions épidermiques, aucun commentaire ne paraît assez dur contre ces sous-hommes ; des bêtes !... La haine n’est pas celle de ceux qui insultent aujourd’hui tout un peuple ; la haine dont il est partout question aujourd’hui est celle d‘un peuple qui ne fait que réaffirmer la prééminence de ses traditions, notamment de ses traditions religieuses, et corrélativement entend faire la loi sur son territoire – ou bien aurait-il fallu stigmatiser les résistants des maquis, qui n’étaient que haine pour l’Allemagne… La haine est évidemment, ils ne s’en rendent même plus compte, au point de se rendre risibles, celle des démocrates à l’endroit du peuple : à celui-ci, on ne saurait passer une si nette et encore double affirmation de sa souveraineté : souveraineté d’un peuple qui entend faire la loi chez lui et limiter (la proposition ne visait pas à interdire la construction de nouvelles mosquées, seulement celle de minarets), l’implantation d’une religon étrangère ; et, tout aussi bien, affirmation de la souveraineté de ce peuple, qu’il reprend contre ses porte-paroles – un journal suisse s’interroge ingénuement : « on ne l’a pas vu venir », aveu d’une défaillance qui suppose implicitement un contrôle attendu pur et parfait, dont l’appareil aurait été cette fois pris de court ; et  c’est cette souveraineté un jour reconquise sur la monopolisation de la parole par les bien-pensants que ces messieurs fustigent sur toutes les unes de journaux et toutes les ondes : où se confirme que la souveraineté, sous ses deux espèces, est bien leur cauchemar…  

Publié dans Extraits du journal

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