Jeudi 7 janvier ; train Châtellerault-Paris.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Appris ce matin au réveil, par un SMS de ma sœur, la mort de Philippe Séguin ; l’émotion est plus grande que je ne l’aurais cru ; je ne l’avais pas vu depuis un peu plus d’un an (ma dernière visite, dans son bureau de la Cour des Comptes, date je crois de l’automne 2008),  et je me souviens que son non possumus général (on ne peut plus rien ; ou bien : « ils est trop tôt »…) m’avait désespéré ; peut-être était-il désespéré lui-même…

Philippe Séguin fut un grand Français et, pour moi, il fut aussi  un grand patron, l’un des plus marquants de mes pères politiques : d’abord parce que, à la différence des politiciens qui le pleurent aujourd’hui, c’était un croyant : il croyait, à la France, au Bien Commun, à l’intelligence aussi –d’où ses colères, fameuses en effet, contre tout ce qui insultait la « Madone aux fresques des murs », et en particulier contre les inlassables revanches de la bêtise. Il y a des hommes qui croient comme ils respirent, et qui meurent quand meurt ce à quoi ils ont voué leur vie, car alors ils ne peuvent plus respirer, et qu’ ils étouffent comme nous étouffons dans l’air vicié de la politique contemporaine, étouffant à feux lents la grandeur de la France, l’indépendance de la nation, et la souveraineté de l’Etat. Il est mort de cet air irrespirable, il est mort de son impuissance, qui es notre impuissance commune, et qui lui était finalement insupportable.

Cet homme qui fut et qui, jusque dans la mort, reste grand, par sa foi et son exigence, a pourtant été renié, et par trois fois au moins, par ceux qui aujourd’hui se prosternent : renié lors de la disparition du RPR et la création de cette machine de guerre contre l’Etat et la Nation qu’est finalement l’UMP, cette prétendu « Union » qu’il n’a, lui, jamais voulu rejoindre –expliquant son refus en termes très crus, que les archontes d’aujourd’hui semblent avoir un peu vite oublié ; renié par l’entrée de la France dans l’OTAN, et la confusion de sa politique dans cet atlantisme auquel il décocha de terribles flèches ;  renié par dessus tout par la soumission de la politique de la France à l’entreprise supranationale prétendument « européenne », l’U.E., créée en 1992 par ce traité de Maestricht dont il avait prévu toutes les dérives. Honteux cortège des infidèles qui l’ont renié, et défilent aujourd’hui !

De tout cela, je reparlerai ; je roule en ce moment pour Paris, où je dois lui rendre hommage ce soir lors d’une émission de télévision à lui est consacrée - l’émotion qui entoure sa mort est en elle-même un signe d’espérance, auquel il nous faut participer) ; je ne sais ce que je vais pouvoir y dire : mais je sais que nos combats, nous les mènerons aussi avec lui, nous les mènerons aussi pour l’honneur de sa mémoire, nous les mènerons en son honneur.

Publié dans Extraits du journal

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