Jeudi 24 décembre 2009 ; A Bordeaux depuis hier au soir, « pour Noël »

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Impression d’exil, comme toujours dès que je sors de chez moi et que je vais en France ; elle est plus vive en période de fête, c’est à dire de consommation et de bêtise publique redoublée : je crois être en France, mais, sur la route, je n’en reconnaissais plus grand chose ; les paysages s’enlaidissent, les campagnes se couvrent d’affreuses bâtisses de toutes sortes, ressemblant à de longues banlieues, lesquelles paraissent d’ailleurs absorber aussi les villes  -une fois mis à part ce qu’il est désormais convenu d’appeler les « centres historiques » petits tabernacles que l’on sent guettés par les assauts du moderne démodé qui sévit partout, du commerce triste, du pratique immédiat, de l’argent démocratique. (On comprend, soit dit entre parenthèses, que les modernes suppriment les enseignements d’histoire, tant l’histoire accuse la laideur de leur monde… Le passé n’a presque plus rien pour se défendre, hormis la beauté de ses monuments, heureusement si évidente qu’ils n’osent y toucher -d’autant moins que ce patrimoine architectural, à la différence des autres vestiges du monde ancien, traditions,   livres, etéé arts, qu’ils se débrouillent pour éviter, ils ont le nez dessus).

A Mirebeau, j’ai quelquefois l’impression de vivre dans les caves d’une nation qui s’effondre ; du moins y ai-je assemblé quelques vestiges, de la musique, des livres, des arbres, de vieilles diététiques et quelques belles choses ; du fond ce cette cave, j’entends encore des oiseaux, des animaux indéfinissables et intemporels, et même, toutes les heures, les cloches de l’église… Dès que j’en sors, je ne me reconnais plus: c’est l’exil à domicile – le plus terrible exil, car celui-là paraît sans retour… Au fond de cette nuit, une lueur s’allumera-t-elle quelque part ? C’est le sens de Noël que nous célébrerons ce soir, en principe…

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