Jeudi 22 septembre 2011

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Automne; chaque jour, désormais, il faut aller cueillir au fond du jardin des tomates que la rosée du matin commence à gâter et qui, si l'on ne les place pas à mûrir derrière une fenêtre,  prennent de part en part une inquiétante couleur de rouille; mais cueillies à temps, elles sont plus savoureuses que jamais…

 De toutes parts, journaux ou radios, même mot d'ordre : Harro sur Marine ! Les dames sont fort actives dans le registre : voici que Mme Parizot, du MEDEF, aidée d'une dame à joli nom, Rose Laprelle,  entre dans la danse du scalp et publie une charge contre la candidate souverainiste. Version supplémentaire de cette litanie de livres sans autre sujet que Marine le Pen et le danger qu'elle représente pour la démocratie (cela justement parce qu'elle réunit de plus en plus de voix…). On eut droit au début de l'été à une pamphlet passablement lourdingue, et bourré d'erreurs, de Caroline Fourest aidée de son amie Fiametta Venner : gros succès sur tous les médias, mais faible chez les libraires, le livre étant souvent acheté par des fans de Marine trompés par le couverture arborant malicieusement sa photographie… On avait eu droit, entre temps, à une charge de Nathalie Kosiusko-Morizet  aidée d'on ne sait qui (on sait d'ailleurs, mais on ne le dira pas ),  étant entendu par tout le monde que ce n'est pas Madame le Ministre qui l'a écrit -ce qui est fort heureux d'ailleurs, les ministres ayant, on l'espère, autre chose à faire…

Autre chose à faire, c'est bien le sujet, justement : que Madame Fourest et ses consoeurs tromblonnes ratiocinent sur les menaces de ce qu'elles appellent à tout bout de champs l'extrême-droite, sans jamais dire exactement le sens du mot (ce qui leur permet d'étendre à l'infini leur marché), c'est peut-être après tout la conception qu'elles ont de leur métier et même de leur existence. Elles ont trouvé un filon, elles l'exploitent à fond, elles en vivent. Bien. Mais les autres ? Les lecteurs, aussi rares soient-ils, on autre chose à faire que de lire ces radotages vieux de plus de 20 ans sur le phénomène le Pen, et les éditeurs autre chose à éditer. Mais les ministres plus encore -serait-ce seulement parce qu'ils sont censés être occupés par le service de la République auprès du chef de l'Etat, lequel est d'ailleurs supposé être "Président de tous les Français" - y compris de ce quart de Français qui votent ou s'apprêtent à voter et qu'ils n'ont pas mission d'insulter à jet continu. 

Quant à ladite Parisot, patronne des patrons s'il vous plait, la question est la même : rien d'autre à faire ?  Il n'est pas admissible que le patronat français ne se reconnaisse aucun autre devoir, dans les circonstances agitées et dangereuses d'aujourd'hui. Devoirs ? perdus de vue : ce patronat offre une série de portraits écoeurants : après les parachutes dorés, après les délocalisations à courte vue et les calculs à court terme de certains patrons voraces (on songerait à vendre les mines d'uranium dont la France tire son indépendance énergétique, mais qui, vendues à des pays du Golfe, rapporteraient gros…), après les frivolités de midinette (je n'ose nommer l'héritier d'une très grande entreprise française qui ne se cache plus de n'éprouver pour elle plus aucun intérêt), on découvre que le patronat ne s'intéresse plus guère qu'à pourfendre le populisme, où le bon peuple français voit surtout qu'il engage contre lui une lutte féroce -qui n'est rien d'autre que la lutte des classes, ainsi dangereusement réveillée.Comment s'empêcher de penser qu'entre ici en jeu un autre acteur de l'Histoire, acteur d'une puissance prodigieuse, la bêtise : que m'importe que mon entreprise périclite, j'ai mon parachute ! "Les riches, écrit Camus, ne sont plus que des pauvres qui ont de l'argent" : ces riches-là n'ont qu'une obsession, se démarquer d'un peuple qu'ils trahissent, oublier toute responsabilité envers lui. Guerre au peuple ! Ils ne sont plus qu'argent, valets de ceux qui en ont, ennemis de ceux qui n'en ont pas, dont le rassemblement qu'ils nomment "nationaliste" ou "populiste" les hante chaque nuit dans leur cœur. Disparaissent mon entreprise et ma charge, disparaissent les nations, disparaissent les peuples. Que tout disparaisse, cette bêtise n'est qu'un banal nihilisme.

Publié dans Extraits du journal

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