Jeudi 20 janvier deux mil onze; Paris. Sur le Front national et Marine le Pen.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 

Il faudrait écrire sur l'élection de Marine le Pen à la tête du FN, souligner l'élégance de Bruno Gollnisch comme la stupidité d'une bonne part de ses soutiens, dont on dirait, en ce qu'ils refusent aveuglément l'ouverture politique à laquelle la nouvelle présidente a associé son nom, qu'ils veulent perdre à tout prix, rester marginaux à tout prix, gueuler à tout prix -dans le désert, pour rien, pour le plaisir de gueuler, ce qui signe pour moi la bêtise à l'état pur…

 

Cette bêtise, d'ailleurs, a quelque chose à voir avec la grande aventure du Général de Gaulle, en tous ses âges : depuis Henri de Kérilis, étrange député de droite qui refusa les pleins pouvoirs à Pétain mais n'en accusa pas moins de Gaulle de vouloir exercer une dictature (son pamphlet "de Gaulle Dictateur" date de 1941 je crois), aux obsédés de l'Algérie française, en passant par les fixistes du Maréchal et autres tribuns de la plèbe à la Poujade (d'où sortit Jean-Marie le Pen, élu en 1956, et aujourd'hui plus ancien député de France encore en fonction), la ténacité d'un certain anti-gaullisme prétendu "national" marque surtout le refus, de la part d'une frange notable de la "vieille droite" d'exercer le moindre pouvoir, la moindre responsabilité politique -et ce qu'elle reprocha au fond à de Gaulle, c'est d'avoir gagné, et par deux fois; en quoi elle le servit un peu mais le desservit plus encore, à mon avis. Il faut dire qu'il y eut aussi dans ses rangs, en beaucoup plus grand nombre qu'on ne le dit, de nombreux ralliements à Londres; puis au RPF; puis à l'UNR et finalement à la Vème République (elle joua un certain rôle en 1968, notamment lors de la manifestation du 30 mai). En sorte que, après l'épisode Algérie puis Tixier-Vignancourt, la vieille extrême-droite fut désorganisée pendant 20 ans, ne ressurgissant en 1984 qu'à la faveur du piège de feu Mitterrand, lequel la connaissait bien… En distribuant quelques mots de miel à des figures françaises, tels Jaurès ou de Gaulle, MlP opère une évolution décisive, qui sans doute laissera quelques vieux retardataires sur le bord du chemin, sans grand dommage…

Publié dans Extraits du journal

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