Jeudi 16 décembre 2009 ; Paris.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Hier la journée fut toute entière occupée par trois émissions pour « Courtoisie » ; j’avais donné aux deux premières le titre « Paris s’amuse-t-il encore ? », et l’on s’est en effet beaucoup amusé – j’ai vu et revu la vertu de la gaieté, qui entraîne, et permet d’en dire beaucoup plus que l’imperturbable sérieux des analystes. Enregistrement fait, tout le monde (nous étions neuf dans le petit studio !) paraissait content, et je l’étais aussi…

Mardi soir, dans un joli restaurant de la rue de Bourgogne, la conférence sur « l’identité nationale » devant les jeunes de l’Institut de Formation politique s’est tout aussi bien passée. La plupart de ces « jeunes gens de bonne famille », comme aurait dit ma grand’mère,
ont encaissé mes provocations contre la « civilisation atlantique » -pas tous, sans doute, plus d’un persistant parmi eux à considérer que la dite identité tenait à la chrétienté – ce qui hélas, laisse sur le carreau la majorité des Français, bien au delà des Musulmans ; mais nous sommes entre gens bien élevés : quand on désapprouve, on se tient coit, ou l’on n’objecte qu’avec beaucoup de politesse et non sans avoir essayé de comprendre ce qui vous heurte – d’ailleurs nombre de mes hôtes avaient lu « Etre et parler Français », livre qui décidemment colle parfaitement à l’actualité de ce jour…

Le point de départ du sujet est : comment expliquer qu’une population, qui fut grande et fière, ait  laissé grignoter depuis plus de trente ans, tout ce qui mine ses fondements, valeurs chrétiennes ou non directement chrétiennes, principes de toutes sortes, politiques ou moraux.

Je ne crois pas à la thèse selon laquelle l’identité française se résumerait à la chrétienté et que c’est le péril islamique qui la détruirait – mais j’ai bien vu que c’était pourtant là que certains voudraient en venir. Déjà, ce débat m’avait opposé à Philippe de Villiers il y a trois ans, du temps  de sa campagne sur « l’islamisation de la France », et je crains qu’il ne revienne périodiquement, dans certains cercles, et non des moins valeureux, de ce que l'on pourrait appeler la droite nationale. Certes, j’en tiens ferme pour la préférence religieuse, je veux dire l’affirmation sans complexe d’une prééminence de la foi chrétienne et de ses institutions, non seulement dans la civilisation, mais aussi dans la politique françaises - cela d’autant que les principes dits « laïcs » sont d’inspiration chrétienne, comme l’est d‘ailleurs le « triptyque républicain » ; d’ailleurs, séparer le politique de la civilisation qui le porte, comme le voudrait la bien pensance laïcarde, c’est tuer la politique elle-même, comme on le voit du reste depuis des années. Mais, justement, c’est l’ensemble des composantes de la civilisation qui disparaît et, avec cette civilisation, toute idée d’un projet politique propre à la France, et conséquemment de ce vouloir agir ensemble, de cette volonté nationale (la « vocation française » dit Dominique de Villepin), qui est le point ultime et comme la couronne de « l’identité » : l’indépendance nationale et la souveraineté de l’Etat ont un sens, l’affirmation d’un mode de vie sociale et même d’une manière d’être et de vivre proprement français – c’était par exemple l’enjeu de la participation, projet français qui fait figure de précurseur, à mes yeux. Ce « projet français » est contraire aussi bien au projet atlantique, le tout-marché, qu’au « tout religieux » islamique ; c’est en cela qu’indépendance nationale et souveraineté de l’Etat servent la civilisation française, qui les nourrit en retour. Et cette logique nationale fut depuis un siècle et reste d’abord menacée et même torpillée par l’idéal consumériste américain, qui n’alla pas sans un certain messianisme, mais qui fut servi avant tout par des puissances économiques, financières, militaires états-uniennes, lesquelles ont trouvé un relai très efficace dans la supercherie dénommée « Europe ». C’est d’abord l’Empire qui, lentement, a détruit notre imaginaire, et finalement notre « être collectif » ;

De ce point de vue, il faut penser l’islamisme, ni comme une autre menace ni comme une antidote à l’impérialisme, mais comme l’un de ses effets : d’une part, il se trouva et se trouve sans cesse instrumentalisé par l’Empire – d’autant qu’il lui servit et lui sert encore d’allié, en Afghanistan et ailleurs, contre tout ce qu’il ne contrôle pas directement, tout en lui servant aussi de facile repoussoir si commode, une fois évanoui le « danger communiste » pour souder autour de lui la troupe de l’OTAN à l’enseigne du « choc des civilisations » ; on peut dire de ce point de vue que, tout autant que l’antiracisme, l’anti-islamisme est le « communisme du XXIème siècle »… D’autre part, les empiètements et provocations islamistes auxquelles se sont trouvées mécaniquement favorisés par la « grande déculturation » des nations européennes, qui ignorent à ce point l’essentiel d‘elles-mêmes qu’elles furent et sont incapables d’y répondre.

J’ai développé ce raisonnement comme je l’ai pu, me faufilant tant bien que mal au milieu des objections, la moins inattendue n’étant pas cette accusation de « complotisme » devenue systématique dès que l’on s’efforce de mettre à jour, par l’intelligence des forces politiques en présence, et par la géopolitique, les rouages  de « l’Islamérique ». Il est vrai que ladite déculturation est telle que l’on a tôt fait d’oublier l’histoire, qui est faite à tous ses détours par ce que l’on appelle aujourd’hui « complot » ; le « complot » est le mot qu’ trouvé la société du spectacle et de l’a peu près pour désigner qui la politique pure telle qu’elle fut menée pendant des siècles par les grands Etats… Pour tout dire, j’aimerais beaucoup avoir l’occasion de revoir les jeunes amis de ce bien nommé « Institut de formation politique »…

               

Publié dans Extraits du journal

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