Jeudi 14 octobre 2010; de l'amour, et de la vie verticale.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Me revient une phrase prononcée l'autre jour par Michel Houellebecq : "Pour moi, la fin de l'amour (qu'il voit inscrite dans la liberté sexuelle, dite la "liberté finale"), est un aussi grand sujet de hantise que l'était pour Dostoïevsky la mort de Dieu".

Ce qu'il n'aperçoit pas du tout, mais qu'un Chrétien voit tout de suite, c'est que la fin de l'amour, comme du reste la fin du sentiment de la beauté, et finalement du sentiment profond de la Nature, est inscrit dans la mort de Dieu : il faut avoir une assez puissante part de Dieu en soi, debout en soi, pour vivre à la verticale, humer, fouiller, peut-être  connaître sans plus s'en départir le mystère de la nature,  celui de la beauté, celui du temps, celui des "choses qui ne meurent pas", comme dit Platon, celui de l'amour aussi… L'oubli ou la négation de Dieu, mettons du Ciel, ce que Nietzsche nommait "les arrière-mondes", que cette négation soit rageuse ou indifférente, font vivre les êtres  en dessous, très en dessous, de ces mystères qui sont l'épaisseur même de la vie. La perception émerveillée de la nature, l'étonnement de la beauté, la certitude qu'il est des choses et des Idées éternelles, en un mot la foi en l'invisible est la seule nourriture durable de l'amour -ou de l'amour durable. Ce que Houellebecq ne voit pas, ou ne dit pas, c'est que l'éparpillement sans fin, l'inconstruction de soi, l'habitude en toutes choses de l'éphémère, la vie en miettes viennent en droite ligne de la mort de Dieu dans les cœurs; l'homme horizontal, je veux dire l'homme sans transcendance, s'interdit l'accès à ces durées.

 

Publié dans Extraits du journal

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