Jeudi 10 décembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

La douceur persiste ; j’ai plusieurs fois pensé, aujourd’hui, qu’il y a comme une confirmation d’un monde qui sombre dans le fait, simple, que la bonne humeur y a presqu’entièrement disparu ; je me souviens des innombrables  circonstances de la vie où mes grands parents chantaient : en voiture, le dimanche, quand nous partions en pique-nique sur le bassin d’Arcachon, ou bien au bord de la Garonne, ou dans les vignes, ou dans les pins ; à table, « au dessert », quand ils recevaient leurs amis : on reculait un peu les chaises, on reprenait du café, une goutte de liqueur, c’est à qui lancerait le morceau que chacun reprendrait en chœur : « je suis le bouillant Achille, bouillantachille etc… ». Il est curieux que la bonne humeur, en ce domaine ou en d’autres, cette bonne humeur spontanée qui tenait aussi, je crois, d’une certaine politesse (et je crois que la joie est en effet une politesse) ait fait place une générale mauvaise humeur, revendicative et grognonne – et d’ailleurs à de babadoumesques musiks qui signalent, je le crois, des esprits dérangés. Ce monde, qui a littéralement perdu tout idée de l’harmonie, dans le sens musical mais aussi social et civilisationnel de ce mot, je n’y pourrais plus vivre ; comme je suis heureux d’avoir mis tant d’arbres et de silence entre lui et moi.

Publié dans Extraits du journal

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