Dimanche 30 mai 2010 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Affreux moments tout à l'heure à la messe. Pour une fois (hors enterrements) l'église était pleine - deux ou trois cents personnes, alors que l'assistance dominicale ne dépasse pas à l'ordinaire la  cinquantaine. C'est que le M. le Doyen avait groupé les communions solennelles (huit ou dix, m'a-t-il semblé), et que les familles commençaient la noce par un petit rassemblement festif chez M. le Curé. Mais point chez le Bon Dieu, dont il ne fut pratiquement pas question, ou si distraitement. On en était plutôt aux caméras, aux appareils photographies. Recueillement zéro, braillages de marmots, jeux divers, papotage général. Finalement, il n'y a presque plus de messe, et c'est sans doute à ce prix que l'église est remplie… Au bout d'un quart d'heure, d'ailleurs, je file, exaspéré.

 

Consolé à la pensée de ce que j'ai lu l'autre jour au fil de la conversation de Yourcenar avec Matthieu Galey, "Les Yeux Ouverts" : Yourcenar observe que le Dieu dont Nietzsche annonça la mort de si tonitruante façon (mort qui eut d'horribles effets en ce siècle, certes),  n'est qu'un Dieu un peu particulier, le Dieu balourd, anthropomorphique, au point de porter la barbe, qu'on imaginé et les dévots et les anti-cléricaux du XIXème siècle. Mais qu'il est, de Dieu le Père, d'autres visages, qui restent intact...  "On ne leur a jamais appris à s'élever au dessus de l'image du Dieu Père Noël, ou du Dieu Père Fouettard, qui ne suffisent ni l'un ni l'autre. Et répétant ces images naïves, ou des dogmes plus abstraits comme la Justice ou la Bonté divines, ils ont conclu à la mort de Dieu. C'est un problème qui ne se posait pas pour un Spinoza, pour un Maître Eckhart; Dieu, à leurs yeux, était en quelque sorte la substance suprême. Je ne crois pas qu'il se serait posé non plus pour un saint Augustin. J'appelle Dieu ce qui est à la fois au plus profond de nous mêmes et au point le plus éloigné de nos faiblesse et de nos erreurs. Je n'ai pas le moins du monde l'impression que l'Etre éternel  soit mort, de quelque façon que l'on choisisse de nommer l'innommable".

 

J'ai recopié tout ce passage, sans l'avoir décidé, tant il m'entraîne et me rassure. Le Dieu qu'a tué Nietzsche et, après lui le XXème siècle, comme il le prévoyait, n'était qu'un masque. Dieu a la réalité que lui donne les hommes, mais il a sa vérité, toujours hors d'atteinte. Ce qui meurt, ce sont les images toujours informes et incomplètes que l'homme donne à Dieu. Il ressurgira intact, et ressurgit déjà… Ce qu'il y a en chacun de nous-mêmes de plus lointain,  de plus impénétrable et de plus invisible, et qui est relié à ce que notre esprit peut concevoir de plus lointain, de plus impénétrable et de plus invisible, Le voilà, et voilà la foi, l'Espérance et la Charité, et voilà la prière qui tente de relier ces deux point également .

Publié dans Extraits du journal

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