Les trois erreurs de Philippe de Villiers, suite ; le rôle des souverainistes ; leçons à en tirer pour aujourd'hui.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Le 29 mai 2005, au soir de la victoire du Non à la Constitution européenne,  nous avions à portée de main, les moyens  de modifier en profondeur le paysage politique français - de renouveler surtout ce que j'ai bien trop  longtemps refusé de nommer la droite, et qui est le seul point d'appui au renversement de l'actuelle hégémonie politico-intellectuelle du mondialisme marchand.  Ce soir de victoire fut désastreux : Philippe ne croyait pas à la victoire, n'en avait aperçu aucune perspective, n'avait préparé aucun discours, ni même accordé grande attention à celui que je lui proposais. Il vint à Paris en voiture, arrivant tard,  nous nous embrassions tous et bûmes du champagne. Je lui avais proposé de faire un coup de théâtre, d'aller dans une petite commune du fin fond de la France et de faire, devant quelques journalistes amis prévenus à l'avance et le localier de l'AFP une déclaration en forme d'appel  à l'union de tous les patriotes et de toutes les  forces populaires contre les oligarchies parisiennes - aussi bien qu'européennes, et autres. Dans la foulée, il fallait déclarer illégitime tout gouvernement qui ne se plierait pas à la volonté populaire si clairement affirmée : une sorte de "front populaire" contre la connivence oligarchique.

 

A cette heure-là, un tel rassemblement avait un paradigme, et même deux : le Peuple, la Souveraineté - la souveraineté populaire et la circonstance. Il était suffisamment historique pour qu'il entre dans les esprits. Et d'annoncer immédiatement sa candidature aux élections présidentielles, quand bien même nous étions à 20 mois de l'ouverture de la campagne : c'était la position d'où il ne fallait plus bouger pendant deux ans. C'était le seul moyen de transformer la victoire électorale, ou référendaire, en une victoire politique -et intellectuelle. Pour moi, je touchais au but que je m'étais fixé douze années plus tôt, au lendemain de Maestricht, en imposant le mot que je croyais rassembleur par excellence, souverainisme, que la voix du peuple transformait en souverainisme populaire, matrice politique extraordinairement féconde: elle ne se déclinait pas seulement sur le terrain européen, mais visait toutes les formes de la confiscation du pouvoir par les oligarchies ; ou plutôt de la dilapidation du Pouvoir légitime et souverain (autorité de l'Etat, indépendance de la nation, service de la civilisation). Pour le "héraut du non de droite", la matrice était simple, elle s'appuyait sur un élan authentiquement populaire, qu'il suffisait de décliner.

 

Au lieu de cela, hélas, hélas, hélas, nous n'eûmes droit qu'à un communiqué politicien, qui ferait rire aujourd'hui. Et surtout, six semaines plus tard, à la mi-juillet, à une incroyable sortie sur "l'islamisation de la France" et "l'islamisme, terreau du terrorisme". Asséné de la sorte, le thème,  sans être dénué d'intérêt, ne fut pas compris, ou franchement décrié (et quelquefois, avec quelle violence par ceux là mêmes qui venaient de le soutenir), sinon compris comme une misérable manœuvre, qu'elle était hélas, pour récupérer l'électorat du front national - c'était d'ailleurs bien mal connaître ledit électorat. Il y eut des épisodes terribles, contre lesquels je protestais chaque fois. Un ouvrage incongru sur les mosquées de Roissy ; la participation à une manifestation de soutien à un jeune juif assassiné dans d'horribles conditions, manifestation confessionnelle dont il fut d'ailleurs exclu, manu militari… j'en passe. Cette stratégie à l'emporte-pièce, qui effaça en quelques mois tout l'acquis politique (politique d'abord, et intégralement politique) du 29 mai ne pouvait réussir, et encore que si Jean-Marie le Pen ne pouvait être candidat, en raison de son âge ou par manque de signature de maires - on misa sur l'un et l'autre, par un de ces petits calculs stupides et dérisoires qui détruisent tous les mouvements populaires. On aboutit à 2,3%, soit la moitié du score de 1995, sèche conclusion d'une grande erreur - la première. J'en viendrai demain à la deuxième, celle de 2007, qui ne fut pas moindre.

 

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