Dimanche 29 novembre ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

L’amusant, avec les « informations », c’est que l’on est sûr désormais d’y trouver matière à lamentations ; écoutant France-Inter tout à l’heure, vers 13h, tandis que je préparais une petite cuisine, j’entends annoncer dès l’entrée du journal : « Noël dans moins de trois semaines, c’est le moment de penser aux cadeaux ! ». Or, nous ne sommes pas à moins de trois semaines mais à presque quatre : à l’évidence, il faut précipiter les braves gens dans les magasins, grande occupation du Système –même le dimanche, et surtout le dimanche, pour Noël et surtout pour Noël, aux fins de recouvrir  (comme on voit, le long du Nil, les mosquées recouvrir d’anciennes églises coptes, lesquelles recouvrent elles aussi, au même emplacement exact, des temples de l’Egypte ancienne),  une foi chrétienne qui reste en ce monde le dernier îlot échappant aux marchand. Ce nouveau matérialisme historique, ou plutôt non historique, est l’enfer d’une époque qui se fait de plus en plus froidement totalitaire. C’est l’appel à la réunion du Parti, le Parti unique à mille cellules, les grands magasins, temples absolus de ce monde. Noël est pour moi cette épreuve où l’on verra partout, entre le rite, ou simulacre de rite américain, le père Noël, et un rite allemand, le sapin, se déployer la grande fête de la Matière, et je songe à cette épreuve qui approche, ces épouvantables fêtes familiales que les enfants réduisent aux cadeaux et que  nulle grande personne ne songe à rétablir dans son sens propre (sauf moi, l’an dernier, et je fus vertement rabroué par la marmaille ) ; appréhension grandissante des « fêtes » –comme chaque année à pareille époque, d’ailleurs…

Publié dans Extraits du journal

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