Dimanche 27 février deux mil onze. Une journée au prieuré.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Dans le déroulement d'une journée ordinaire au prieuré se trouvent plusieurs bonheurs réguliers : le bonheur qui ouvre la journée n'est pas tant le premier réveil que le second, je veux dire le petit déjeuner dans l'odeur du café, du pain et quelquefois des œufs, tandis que j'écoute les mauvaises nouvelles à la radio en évaluant et anticipant, par la fenêtre de la cuisine, le temps de la journée. Puis vient, aussitôt après, vers 9 heures (en principe), le bonheur de se mettre au bureau, et travailler au calme, sans grand dérangement prévisible. Vers 13 heures arrive le troisième, le déjeuner solitaire et le quatrième une heure plus tard : la sieste,  à regarder Maigret ou lire allongé sur un canapé du salon. Les difficultés commencent à 15h : pendant cinq heures, il faut affronter le moins drôle, les articles, le courrier, les paperasses, puis les courriels d'internet et vers 18h, s'ils n'ont pas déjà commencé, l'avalanche des téléphonages. La récompense vient à 20h, pour le cinquième bonheur de la journée, celui de tout couper et de dîner en conjecturant la soirée : émissions de radio ou de télévision, rendez-vous, ou lecture en musique -et quelquefois, bonheur suprême, la cérémonie du coucher de bonne heure, à dix ou onze heures. Et compter que, à ces bonheurs ordinaires, s'ajoutent bien entendu les extraordinaires…

Tel celui-ci : une de mes proches amies, qui est en train de perdre sa mère, et à laquelle je téléphone régulièrement parce que je sens à chacune de ses phrases son chagrin me rapportait tout à l'heure ce dialogue. Tandis qu'elle disait à sa mère, une nonagénaire rayonnante, qu'elle admirait le courage avec lequel elle savait, tout en se sachant condamnée à brève échéance, rester malgré tout joyeuse, celle-ci lui répondit : " ma chérie, je ne vais pas ajouter mon chagrin au tiens…". Les belles phrases que les être humains auront été capables de dire -surtout quand ils naquirent voici un siècle !

Publié dans Extraits du journal

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