Dimanche 26 septembre.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

Premières tailles, cet après midi, au maigre soleil -juste avant que nous rattrape la petite pluie fine qui fait le fond de ces jours. Heureusement, il faisait à peu près beau, ce matin, pour la  brocante  de Mirebeau -qui voit rarement tant de monde. Acheté une biographie de François Villon, et un nouveau vélo dont la qualité n'est pas très bonne, mais le prix dérisoirement bas. On a vraiment l'impression que des familles entières raclent leurs fonds de tiroir, et vendent tout ce qu'elles peuvent…

 

Aveuglement général : nul n'ose voir que le pays, du moins une part notable de ses habitants, s'appauvrit. On fait comme si. L'affaire des retraites est une illustration accablante du général comme si. On s'embourbe, nul n'ose apercevoir els conséquences. Déjà, lorsque M. Raffarin s'était épuisé à "prendre le problème à bras le corps", il n'était arrivé à rien : une réformette, qu'il faut reprendre cinq ans plus tard. Or, c'est une autre réformette, au regard des périls inscrits dans le déséquilibre démographique -à quoi personne ne peut rien mais dont chacun devrait facilement tirer les conséquences. Et cette réformette, marquée par le passage à 62 ans, demi-mesure à l'évidence insuffisante, est de surcroît mise en discussion, exceptions et exemptions se multipliant à mesure que l'on feint d'avancer. Il ne faut pas être grand clerc pour apercevoir le résultat de ces timidités, protestations, négociations, chantages et aveuglément en  tous genres  : dans quelques années, les pensions diminueront (il me semble que le processus est déjà commencé) et les braves salariés, à commencer par les plus jeunes, premières victimes de la paralysie, se tourneront vers les assurances privées; à l'évidence, celles-ci sont en train de gagner la partie. Elles sont les grandes bénéficiaires de l'impuissance publique : une fois encore la gogoche aura fait le petit beurre du fric; mais le gouvernement ne paraît pas mieux inspiré, qui se borne à répéter qu'il négociera, au lieu de mettre le marché en mains, de faire appel au souci de l'avenir, et surtout de désigner clairement l'avantage que le sociétés privées d'assurances trouvent à la chronique incapacité de tout ce petit monde à organiser une réforme raisonnable…

 

Tous, le gouvernement, les syndicats, les partis de gauche, et par dessus tout le Juge médiatique suprême, ont l'air de s'accorder sur le fait que "l'opposition à la réforme est massive", comme le disait l'autre jour une présentatrice de France Inter qui ne cachait même plus son opposition militante. Or, en faisant la moyenne des chiffres avancés par les uns et les autres, la grève, jeudi dernier, n'a touché qu'un tiers environ des salariés du secteur public, lequel est à peu près seul à connaître des débrayages : cela fait le tiers  du quart des salariés français, au plus 10%, ce qui est loin de faire une majorité. 10%, c'est d'ailleurs l'étiage des syndiqués, alors que tout le monde (au moins le monde médiatique) fait comme si les syndicats représentaient l'ensemble de la population active; le gouvernement semble faire de même, qui multiplie offres de dialogues et concessions, alors qu'il procède, lui, de la majorité et aurait en principe préséance. Voilà bien le problème d'ailleurs, un problème de légitimité, quand la moindre association paraît, aux bons esprits d'aujourd'hui, dotée d'une légitimité égale à celle de l'Etat. Dans notre langage, on dirait que l'Etat n'est plus souverain sur notre territoire; et c'est bien le noeud de la question, comme de tant d'autres…

Publié dans Extraits du journal

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