Dimanche 18 septembre 2011

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

"Maurras était sourd comme l'Angleterre est une île", disait Gide. C'est féroce mais profond : la surdité du bonhomme, déclarée vers quatorze ans et complète trois ou quatre ans plus tard, explique en bonne partie l'esprit d'abstraction qui lui a permis certes de voir et comprendre bien des choses, mais lui a aussi interdit de manœuvrer, entre les deux guerres, et de traduire en action politique l'extraordinaire rayonnement qu'avait acquis sous sa férule l'Ecole d'Action française. Cet esprit d'abstraction lui a interdit surtout, par une insuffisante relation avec le monde, de saisir ce qui se jouait en 1940, l'enfermant dans ses constructions théoriques (unité nationale, antisémitisme d'Etat, régénérescence des provinces, etc. ) qui lui masquèrent l'essentiel, la survie politique de la France -non seulement vis à vis des premiers vainqueurs, les Allemands, mais vis à vis des seconds vainqueurs, les Anglo-saxons, dont toute l'épopée du Général de Gaulle montre avec quel acharnement ils tentèrent, à la Libération, de vassaliser la France. A cela, Maurras n'a rien entendu.

A propos du Général et de Maurras, j'ai capté au vol, l'autre jour, à la radio, un entretien de François Mauriac (avec qui ? Jean Amrouche, je crois…) au cours duquel le sagace écrivain disait  exactement ceci : "L'une des choses que nous avions en commun, de Gaulle et moi, c'est que, pendant toute notre jeunesse, nous avons lu l'un comme l'autre, tous les matins, l'Action Française". Encore un peu de miel pour mon  "De Gaulle"…

 

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Publié dans Extraits du journal

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