Dimanche 15 novembre 2009 ; Mirebeau.

Publié le par Paul-Marie Coûteaux

 Messe, et comme toujours, agacements. Aujourd’hui, cependant, ils ne tenaient pas à la liturgie, dont il faut bien que je m’accommode ; l’accroc est d’ordre théologique : pourquoi, me demandai-je tout à coup, commençons-nous nos messes par l’imploration du pardon divin ? « Pardonnez-nous Seigneur ! » - je l’ai souvent dit sans comprendre. Or, de quoi faut-il se faire pardonner, quel est ce péché obligatoire, collectif, et imprescriptible ? Je m’encolère, ne démords pas du sujet, lâche la messe et songe ; puis, peu à peu me rassérène : et s’il fallait poser, au fondement de toute foi, le sentiment de l’incomplétude, que ressent tout être et, du lancinant constat qu’il n’est pas parfait, du chagrin de n’être jamais tout à fait à la hauteur de lui-même ? Et s’il fallait d’abord, pour marcher droit, se départir de la culpabilité sans cesse venue de nos propres blessures et leurs blessures quotidiennes, commencer par les constater et nous en délivrer par le pardon, faisant entrevoir au moins la possibilité d’une rédemption ? Par là encourager les êtres, malgré tout, malgré leur misère,  à se vouloir plus haut ? Entre la perfection divine posée par hypothèse intellectuelle, et l’imperfection humaine, se règle une échelle du bas et du haut où l’homme ne s’élève que s’il est d’abord délivré du sentiment de ses faiblesses et de leur fatalité ? Admirable pardon, porte enfin ouverte… (Je me demande si la foi chrétienne, qui est d’abord une révélation, mais aussi un langage, un code, et même la matière d’une discussion, ce que l’on appelle je pense un logos, je me demande donc s’il ne suffit pas de réfléchir un peu calmement pour découvrir que, même ce que l’on a cru et répété sans comprendre a bel et bel du sens - mais les prêches, si médiocres habituellement, ne nous y aident guère…)
  

Publié dans Extraits du journal

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